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Ce 30 mai 2001, dans l'auditorium du Musée, à l'heure où les enfants commencent à bailler, un petit garçon d'une école juive de Grenoble accueillait en souriant l'Ambassadeur d'Israël en France, avec des mots clairs et généreux et un chant d'une pureté magique. Le talent si émouvant de cet enfant allait au-devant de la conviction grave et souriante de l'hôte du CRIF venu expliquer à quel point et comment il portait pour Israël, en France, auprès de l'ensemble de ses interlocuteurs, qu'ils soient juifs ou non, le poids d'une responsabilité plus exigeante que jamais : celle qui consiste à conduire au plus loin, dans l'exercice de ses fonctions d'Ambassadeur, un dialogue qui contribue au refus de la violence et à la volonté de parvenir à une négociation de paix entre israéliens et palestiniens.

Historien, diplomate : une double vocation répondait à la vocation manifeste du petit garçon qui venait de lui apporter des vœux pour la paix. Elie Barnavi, encore très secoué par l'annonce d'un nouvel attentat en Israël en cours d'après-midi, a repris l'historique des négociations jusqu'à leur rupture paradoxale, a interrogé cette stratégie de recours de l'Autorité palestinienne à la violence pour forcer semble-t-il l'intervention internationale. Il a insisté sur le fait que le rapport Mitchell était aujourd'hui un document de travail adopté par les deux parties, et que la précision du texte offrait une chance de reprise immédiate des discussions, anticipée par la décision de Sharon de suspendre actuellement la réponse militaire à la violence terroriste.

L'auditoire passionnément attentif était sans doute loin de partager d'avance la conviction de l'Ambassadeur d'Israël, et représentait les options et appartenances souvent antagonistes qui s'expriment habituellement dans la population grenobloise et au sein des différentes composantes de la communauté juive elle-même. L'unanimité s'est faite cependant pour applaudir avec force cette leçon de lucidité politique qui consiste à montrer en quoi une spirale qui conduit à la guerre et à la volonté de vaincre militairement n'a aucun sens, aucun avenir. L'inquiétude, le pessimisme lui-même, très sensibles, exprimés par Elie Barnavi, ne voulaient pas céder devant cette impulsion à continuer à " y croire " que donne la volonté d'écouter l'adversaire, de comprendre sa détresse, ses frustrations, ses aveuglements dramatiques, -mais non les fanatismes scandaleux qui arment des bombes humaines et les déguisent en " martyrs "-, que donne aussi la volonté d'avancer des propositions qui reconnaissent la nécessité des sacrifices inévitables des protagonistes du conflit, sur leurs revendications et leurs espoirs, entretenus depuis si longtemps.

Autant de voies ouvertes à la poursuite de la réflexion, du questionnement mutuel - bien des auditeurs auraient aimé engager immédiatement le débat avec l'Ambassadeur, et ont réservé à regret leurs questions…pour une prochaine visite souhaitée de part et d'autre.

C'était au terme d'une journée très dense de ces visites qui donnent également leur sens aux fonctions d'ambassadeur : la rencontre du milieu économique comme du milieu scientifique, de politiques et de représentants d'associations venues exprimer leurs désaccords, des autorités préfectorale et municipale, des journalistes enfin. Autant de démarches qui ont conduit l'Ambassadeur à dire à plusieurs reprises à quel point les contacts à l'échelon de l'agglomération ou de la région offraient une échelle de concertation et de coopération à la mesure de l'Etat d'Israël. Avec ses interlocuteurs il a commencé la recherche des voies et moyens nécessaires pour dynamiser davantage les liens existants et en nouer de nouveaux.

C'est nous laisser à tous du travail sur la planche, et nous indiquer nos propres responsabilités. Celle-ci du moins, de profiter de cet " exercice " public de diplomatie pour vouloir développer les formes de dialogue qui sont au fondement de la compréhension ou de l'acceptation mutuelles, et sans doute d'une paix véritable, également consentie.

Michèle Ganem Gumpel
Présidente du Cercle Bernard Lazare-Grenoble

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