Un voyage utile et important


 Le député maire de Grenoble s’est rendu en Israël et en territoire palestinien du 4 au 9 Juin pour renforcer la coopération avec nos villes jumelles de Rehovot et du district de Bethlehem.

Il est 3h15 du matin ce Dimanche 4 Juin sur le parking de la mairie de Grenoble pour un départ en Bus vers l’aéroport de Lyon Saint Exupéry pour Tel Aviv avec escale à Athènes.

22 personnes composent la délégation officielle de la ville de Grenoble menée par le Député Maire de Grenoble, une grande diversité, un communiste, un vert, le président de l’association France Palestine solidarité, le porte parole des palestiniens de Grenoble, des adjoints, l’opposition municipale, des journalistes. Je suis invité par le maire de Grenoble pour représenter la communauté juive de Grenoble en tant que président du CRIF Grenoble. Les présentations sont faites, je retrouve des amis de longue date de la communauté, Georges LACHCAR (conseiller municipal de la majorité, Président de la commission communale sur la spoliation des biens juifs et président d’honneur du CRIF), Jacques THIAR (conseiller municipal d’opposition et membre du comité directeur du CRIF) et Ada SADOUN (présidente du Bnai Brith Grenoble).

Le Maire de Grenoble prend un gros risque, sur la composition de la délégation, sur la situation sur place avec l’élection du Hamas qui dirige le gouvernement palestinien et qui est majoritaire au conseil municipal de la ville de Bethlehem. Un véritable numéro d’équilibriste.

J’avoue avoir eu un moment d’angoisse lorsque nous avons franchi le point de passage vers Bethléhem,je me suis souvenu de la charte du Hamas qui gouverne ce territoire. Il faut tuer chaque juif proclame l’article 7.Sur place,pas un barbu,pas une kalachnikov,pas une arme,des gens accueillants et des jeunes filles à la mode occidentale (nous sommes il est vrai dans le berceau du christianisme).

Le pari du maire de Grenoble a été réussi au-delà de toute espérance. La délégation est restée unie (mis à part un léger couac, une partie de la délégation n’ayant pas suivi le maire à Gilo, ni écouté les explications précises israélienne sur la barrière de sécurité, non prévue au programme initiale), des liens amicaux et fraternels se sont tissés entre nous tous, et un très bonne ambiance a régné entre les membres. C’était inespéré. Nous étions censé être classés entre pro-israelien, pro-palestinien, neutres et indifférents. Rien de tel ne s’est produit. Si le voyage n’a pas fondamentalement modifié la position des uns et des autres, il a contribué à mieux comprendre la situation mais je me demande si « les neutres » ne seront pas demain plutôt pro-palestinien que pro-israelien. Je m’explique.

Les palestiniens, dont la souffrance n’est pas à démentir ni à nier, sont passés maîtres dans l’exploitation de leur souffrance, la propagande et dans leur volonté de présenter leurs voisins comme des monstres froids.

Il est vrai que les images plaidaient en leur faveur et dépassent toutes explications rationnelles. Le mur de séparation par exemple dont l’esthétique laisse à désirer et qui effectivement produit chez tout homme sensé un sentiment de répugnance.

Mais est il nécessaire de convaincre le maire de Grenoble qu’il a une longueur en béton de 720 Km alors que seulement quelques kilomètres (une dizaine) a été construit à ce jour en béton ?


Pourquoi ne jamais avoir mentionné les tirs provenant de la ville de Bet Jalla (qui fait partie du district de bethlehem et à ce titre jumelle de Grenoble) vers Jérusalem et les quartiers habités de Gilo de 2000 à 2002 ? Fallait il pour se justifier face à la vérité, dire que les tirs palestiniens provenaient de collaborateurs israéliens enfuis depuis aux Etats Unis ? Les palestiniens ont abusé de ce type de procédés n’hésitant pas à projeter à la délégation des films et des exposés partiaux et falsifiés qui auraient mérité des démentis et rectifications à chaque instant. Jamais les attentats contre les civils en Israël n’ont été mentionnés, pas une seule fois !!

De même, le refus par Yasser Arafat de la proposition « Clinton « à Camp David en Juillet 2000 est « zappé » de l’histoire officielle palestinienne.

Aux yeux des palestiniens, les israéliens voudraient simplement leur spolier leur terre, par plaisir et sans raison. La barrière de sécurité dont tous les mètres ont été pourtant passés au crible par la prestigieuse cour suprême israélienne est présentée comme un ouvrage servant uniquement et exclusivement à spolier les terres palestiniennes et dont le tracé n’aurait aucune justification (pas même de protéger la population israélienne arabe ou juive) alors que nous savons que chaque mètre de tracé est le fruit d’une étude minutieuse et précise.

De surcroît, les colonies (terme français péjoratif sensé nous rappeler le conflit colonial algérien alors que le terme anglais de « settlement », à savoir implantation est plus approprié au contexte) sont des habitations construites par les israéliens, certes au delà de la ligne verte mais pour l’essentiel sur du désert.

Pourquoi alors se focaliser tant sur ces « colonies » alors que des échanges de terres sont possibles lors de futures négociations (les accords de Genève ont entériné ce procédé) et que le gouvernement israélien annonce à qui veut bien l’entendre qu’il est prêt à en démanteler la majeure partie y compris unilatéralement comme à Gaza.


Pourquoi avoir tant insisté sur les problèmes de circulation vers Israël, employé les mots forts et chargé d’histoire comme ségrégation ou apartheid ? Les Israéliens juifs non plus, ne peuvent de facto se rendre en territoire palestinien, ne serait ce que pour se recueillir librement sur la tombe de la sainte Rachel qui repose à bethléhem. Nous avons constaté de visu que ceux qui circulaient le plus librement à travers les deux espaces étaient nos deux chauffeurs de bus sur place, des arabes israéliens, où est l’apartheid ?.

Les Israéliens sont dos à la mer entourés de pays arabes et musulmans dont beaucoup rêvent encore de les jeter à la mer, et pourtant les choses sont présentées, tel un effet d’optique, pour nous donner l’impression inverse,celle de voir des palestiniens étouffés entourés d’israéliens conquérants.

Je reconnais la souffrance des palestiniens, je la comprends mais je ne comprends pas décidément leur rhétorique et ce que cherchent vraiment leur dirigeants. Veulent ils la paix, la vrai paix ? Je suis certain aujourd’hui que le peuple palestinien y aspire, je me pose cependant toujours des questions sur leurs dirigeants y compris ceux du Fatah. A peine avions nous quitté le territoire palestinien que le gouverneur du district de Bethlehem (membre du fatah à ne pas confondre avec le maire de Bethlehem que je me suis refusé à rencontrer) rédigeait (« unilatéralement ») un communiqué relatant le soutien du maire de Grenoble au peuple palestinien « assiégé ». Bien évidemment le Député Maire de Grenoble n’a jamais repris une telle expression, il a été beaucoup plus fin et subtil, mais peu importe, la dépêche fait le tour des médias arabes. Les palestiniens gagnent comme toujours la guerre de l’information.

Côté israélien, le contraste est saisissant, la guerre d’Intifada est terminée et ça se voit de partout. Les israéliens sont un peuple fier (ce qui peut irriter certains) qui n’aime ni se plaindre, ni quémander. Cela peut les rendre effectivement moins sympathiques que leurs voisins. Aucun israélien n’a eu besoin de nous conter les attentats, les blessés, la peur. On voit bien que cette douloureuse page est désormais tournée, la croissance économique explose et on sent la créativité et le génie israélien à l’oeuvre aussi bien à Rehovot (ville jumelle de Grenoble) qu’à Jérusalem. Nous étions bien entendu très loin de Sdérot et des missiles qui se sont abattus sur le territoire israélien à partir de Gaza durant tout notre voyage.

La soirée des anciens grenoblois installés en Israël restera inoubliable d’émotions, le maire de Grenoble, qui est également député et secrétaire de la commission des affaires étrangères à l’assemblée nationale, prononce un discours consensuel dans la ligne de la diplomatie française mais fort et émouvant, il est adopté par les anciens grenoblois, il est redevenu en l’espace d’une soirée leur maire.

Je retiens finalement que ce voyage fut utile. Si j’ai mieux compris la psychologie palestinienne, leur souffrance réelle qu’un juif n’ a pas le droit d’ignorer, j’ai surtout retenu le manque de courage politique, de parler vrai des dirigeants palestiniens.

Il y a eu certes des élections démocratiques dans les territoires mais il manque encore une « glasnost « ou une « péréstroika » pour que le peuple palestinien sorte du gouffre dans lequel il s’est placé. C’est peut être là ou notre rôle est le plus utile. Notre projet de mettre en contact des jeunes palestiniens et israéliens de nos villes jumelles par cyber conférence via Grenoble, permettra de les rapprocher et à mieux se comprendre, à donner envie aux enfants palestiniens de vivre comme les enfants israéliens et à faire comprendre aux enfants israéliens que les palestiniens ne sont pas tous des terroristes en puissance. Nous aurons alors contribué très modestement à une meilleure compréhension mutuelle, une confiance, seul chemin qui mènera à la paix. Oui, ce voyage fut utile.


Jean Luc MEDINA
Président du CRIF Grenoble Isère




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