"Le Terrorisme doit cesser"
Rencontre avec Jean-Luc Médina, président du Crif Grenoble-Isère Le Dauphiné Libéré le 03 Avril 2002
Dauphine Libéré: Tous les actes de ce week-end marquent-ils un tournant?
Jean-Luc Médina: Oui et non. Oui parce que la classe politique et médiatique a enfin pris conscience du danger qui pèse sur la communauté juive de France. Non, parce que cela fait 18 mois que nous sommes confrontés à une multiplication d'actes de ce type (environ 400 en 18 mois). La seule différence, c'est que plusieurs actes très violents ont été commis en un temps réduit.
DL: La politique de Sharon est largement critiquées?
JLM: A titre personnel je me sens plutôt proche des idées de Rabin et de Péres. En 1947, l'idée pour parvenir à la paix était simple: un état juif avec une minorité arabe et, à côté, un état arabe avec une minorité juive. Aujourd'hui, l'autorité palestinienne et la ligue arabe se sont converties au principe de deux états mais deux états arabes. L'astuce consiste à faire revenir 4 millions de réfugiés, non pas dans le futur état palestinien, mais en Israël même, en exigeant que leur soit accordée la nationalité israélienne. Israël deviendrait ipso facto le 28e état arabe. Le plan Clinton était, à mes yeux, le seul susceptible d'apporter la paix à la région. L'autorité palestinienne l'a refusé et a enclenché l'Intifada. Sharon est le résultat d'une élection démocratique dans un pays qui s'est senti attaqué et où le camp de la paix s'est senti trahi.
DL: Aujourd'hui, existe-t-il une possibilité?
JLM: Il faudrait que la communauté internationale puisse imposer le plan Clinton à ceux qui l'ont refusé ou le refusent encore, mais au préalable le terrorisme devra cesser. C'est un préalable et non la conséquence de la paix. Il ne pourra pas y avoir de solution uniquement militaire. Le problème du terrorisme est un problème militaire. Celui de la revendication d'un état palestinien se solutionnera autour d'une table de négociation. Les accords d'Oslo prévoyaient une acceptation mutuelle et le rejet du terrorisme. Je suis optimiste car les Israéliens ont besoin d'être aimés et les Palestiniens ont besoin d'être respectés.
DL: Sharon peut-il prendre le risque d'éliminer physiquement Arafat?
JLM: Ce serait une grave erreur. Car il n'appartient pas aux Israéliens de choisir le représentant du peuple palestinien.
DL: Comment réagissez-vous à l'exclusion de José Bové?
JLM: Pour moi , Bové est un Le Pen de gauche. Il appartient à cette mouvance pacifiste qui ne condamne pas le terrorisme des kamikazes et qui souhaite explicitement la destruction de l'état juif. En cela, il entretient une alliance objective avec les mouvements islamistes les plus radicaux.
DL: Quel impact ces évènements peuvent-ils avoir sur la campagne présidentielle, notamment quant au vote juif?
JLM: Depuis 18 mois la communauté juive de France est orpheline d'un geste politique fort en matière de lutte contre l'antisémitisme. Après de longs mois de laxisme, certains politiques commencent à prendre la mesure du danger et notamment les deux chefs de l'exécutif, tous les deux candidats. Les juifs français voteront comme l'ensemble de leurs compatriotes, mais avec un goût moins prononcé pour les extrêmes, de droite comme de gauche.
Propos recueillis par Patrice Nonni.
Ce qui n'a pas été rapporté dans l'interview:
- "Les palestiniens mènent simultanément deux guerres avec les mêmes commanditaires, l'une d'indépendance totalement inutile car plus personne même sharon lui même s'est prononcé pour un état palestinien et l'autre de destruction de l'état d'Israël via les mouvances islamistes"
- "Les derniers attentats les plus sanglants ont été commis par les brigades des martyrs el aqsa qui sont directement sous l'autorité de Yasser ARAFAT"