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Les médias se trompent-ils? Les médias nous trompent-ils? 


Bonjour à tous,

Suite à quelques demandes, et pour ceux qui n'ont pas pu assister à la conférence d'hier soir au CCJ, voici quelques extraits de la table ronde réunie par Hélène Tavelle autour du sujet : "les médias se trompent-ils, les médias nous trompent-ils".

Guests :
- Daniel Sibony (Psychanaliste, écrivain)
- Guy Konopnicki (Ecrivain, journaliste)
- Christian Sadoux (Dauphiné Libéré)
- Olivier Pérétié (Magazine "Elle")
- Jean-Luc Medina (Président du Crif Grenoble-Isère, et modérateur du débat)

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1) Thème : Journalisme : désinformer ou militer ?

G. Konopnicki :
Le rapport des médias à l'événement a évolué depuis une vingtaine d'années : c'est la "course à l'info". L'info doit être "immédiate". Le fait devient une image (ex. le petit Mohamed). Il y a un culte de l'absence de pensée chez le journaliste : il qualifie "sur l'air du temps".
On peut mettre un pédophile en cause sans avoir de preuve formelle, mais l'enfant dans la guerre devient un héros dont on imagine qu'il l'a décidé tout seul.
La phrase devient orientée. Les journalistes se tournent vers les intellectuels. Les médias se tournent vers les débats d'idées. Les universitaires s'en mêlent, et les Politiques sont en amont. Les média se servent de tout ça. Le courant politique a trouvé sa victime emblématique : les Palestiniens.
Les médias ont une nouvelle grille de lecture qui schématise "l'impérialisme contre les victimes".
L'antisémitisme mis en valeur par des juifs eux-mêmes n'est pas un piège nouveau; il est conforté par la politique de la France. Et les médias sont au milieu.
Pour terminer, la vérité n'est pas dans l'image, mais on est dans le spectacle.

O. Pérétié :
Le magazine "Elle" s'adresse aux femmes, mais il est lu par les hommes. Ce magazine propose également de l'information sur les questions de notre temps.
Le journalisme est dans l'environnement du "prêt à penser" : les journalistes font appel à des "penseurs".
Il existe une compétition accrue entre les médias de la presse écrite, de la radio, de la TV. Ils s'inspirent tous les uns des autres.
L'information à une "valeur marchande". Autrefois, les journalistes pouvaient "militer", aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
Oui, les journalistes se trompent parfois. Ils sont sous la pression de l'actualité qui va vite, qu'ils n'ont pas toujours le temps de vérifier. Ils sont également sous la pression de la concurrence rapide. Mais il est un peu brutal de dire que les journalistes vous trompent : ce ne sont pas de "parfaits cyniques".
Israel est un sujet sensible qui intéresse les gens. La presse est victime d'une pensée dominante : il y a toujours quelqun au sein d'un groupe de rédaction qui "contre-balance" l'information, qui dit, à la validation d'un article : "oui,
mais...". En bref, on ne peut pas parler d'Israel sans parler des Palestiniens. Ce "balancement" rend objectif.

D. Sibony :
Ce conflit proche-oriental touche aux "origines" : c'est pourquoi il intéresse tout le monde. L'enjeu de cette bataille, c'est bien le "partage des origines".
Le Christianisme à innové : il a transformé Dieu en Homme (Jésus).
Pour le Coran, le juif doit être "soumis". Le Coran n'accepte pas Israel, les juifs... Abraham, Isaac, Jacob sont Musulmans pour les Musulmans.
Les Palestiniens sont plus victimes du monde Arabe que des Israéliens Tout le monde pense, mais certains sont portés par une tromperie. On "n'autorise" Israel à exister que s'il se conduit bien.
Aujourd'hui, on nous demande d'inventer un état Palestinien qui n'a jamais existé. Si une cause n'a trouvé pour se défendre que l'arme des attentats, c'est qu'elle est discutable. On ne peut bâtir un état en tuant une vingtaine de
personnes par mois.
La notion de "peuple" est importante. Les médias parlent de "peuple Palestinien", mais jamais de "peuple Israélien".
La France a une mauvaise conscience : coloniale, antijuive... Et les victimes d'hier deviennent par la voie des médias les bourreaux d'aujourd'hui.
Autrefois, les médias faisaient appel à mes articles. Aujourd'hui, ils ne me réclament plus. J'envisage d'émigrer...

G. Konopnicki :
Les éditoriaux sont trop souvent de "la bouillie pour chats" : tout le monde à tort.
Les images de Palestiniens fournies par les médias démontrent une absence de conscience historique chez les gens qui traitent l'événement.
L'idéologie vient "de l'extérieur".

G. Sadoux :
En matière journalistique, la prudence s'impose, mais il est vrai qu'on laisse passer parfois de fausses informations. Nous sommes totalement dépendants des Agences de Presse. Le Dauphiné Libéré travaille avec deux agences de presses : AFP et Reuter.
Mais on ne peut pas critiquer l'AFP qui fait son travail correctement. Les dépèches "corrigées" (AFP rectifiée"), c'est n'importe quoi...Il est vrai que le DL est loin du théatre des opérations. La question que l'on doit se poser lorsque les dépèches tombent, est : "à qui profite le crime ?". La presse quotidienne doit aller "encore plus vite" que la presse hebdo ou mensuelle.

D. Sibony :
Les médias puisent leurs informations dans les Agences de Presse, mais j'ai le sentiment qu'il n'y a rien à voir entre ce qui se passe là-bas et ce que rapportent les médias. Le récit et la réalité sont deux choses très différentes.
On ne parle pas de la même chose. Les médias fonctionnent comme s'il y avait là-bas un match de foot, et ici, deux équipes de supporters. Les médias doivent faire attention : ils manipulent de la braise.

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Thème : le choix des mots / des dessins (caricatures) dans les médias

J.L. Médina énonce quelques termes / phrases / tirres équivoques cités dans la presse.

G. Sadoux :
Je comprends que le terme de "bébé colon" (lu dans le DL) était effectivement maladroit. Il était également maladroit d'évoquer un attentat contre une synagogue comme un "fait divers". Mais au sein d'une équipe de rédaction, les journalistent interprètent les phrases de façon différente.

G. Konopnicki :
Il n'y a pas de mots innocents. Lorsque "terroriste suicidaire" devient "martyr", ce mot prend "en otage" la conscience internationale.
L'image va de pair : "Je brandis l'innocence de l'enfant qui se trouve aux premières lignes du combat pour qu'il soit tué".
Le terme de "colon" nous re-piège à cause de sa référence à l'histoire de France.
Les terroristes de l'Eglise de la Nativité deviennent des "héros", et la stratégie politique et médiatique fait en sorte que les profanateurs soient les militaires de Tsahal (donc, les méchants).

D. Sibony :
Le conflit Israélo-Palestinien est un conflit "Bible - Coran". Il remet en question. On a entendu dire que les terroristes de la Nativité seraient "déportés" (terme lié à la Shoah). Dans le cas de la Nativité, on s'est caché derrière un emblème chrétien. Eglise = Dieu. Donc, les juifs ont profané un lieu sain, ils ont visé "à nouveau" le Christ. Il y a là un "meurtre" du language.
Les Juifs ont ouvert l'humanité avec des symboles. L'utilisation du terme "David et Goliath" dans le conflit du Proche-Orient fait que les Palestiniens entretiennent cette "victimophagie" dont ils sont les "instruments".

O. Pérétié :
Les journalistes français parlent mal l'anglais, c'est bien connu. Ceci explique en partie la mauvaise utilisation du terme "déporté" en ce qui concerne les terroristes de la Nativité ("to deport" en anglais signifie en français
"expulser").
Mais les mots sont écrasés par le choc des images. Une erreur : on se prive parfois de penser. Confusion, manque de culture, manque de repères historiques... On prend des raccourcis, on utilise un vocabulaire limité... Les mots sont des armes dans les conflits, mais les journalistes souffrent d'un manque de formation. Ils sont "sous pression". Ils donnent donc parfois dans "l'erreur".

G. Sadoux :
La fréquence d'utilisation du mot "martyr" s'est accrue avec le 11 Septembre.

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Thème : Pourquoi cette focalisation sur Israel dans les médias ?

J.L. Médina rappelle qu'en pleine période électorale française, les médias sont restés très focalisés sur le sujet du Proche-Orient.

G. Sadoux :
Le conflit du Moyen-Orient a des conséquences dans le monde entier. Il faut reconnaître que l'information en provenance d'Israel est toujours disponible, et elle est libre.

D. Sibony :
Les juifs ont une appréhension : être toujours bons. Or les médias cherchent dans la conduite d'Israel le symbole qu'il est "maléfique".
Le monde Arabe ne peut pas aider les Palestiniens. Il n'y a qu'Israel qui peut le faire. C'est Israel qui, par son existence même, a mis sur le devant de la scène l'idée / le fait, qu'il existe un "peuple Palestinien".
Dans le cadre de la théologie, les juifs ont apporté "LE" message originel. Les Chrétiens ont extrait et se sont servis des citations de la Bible où l'on annonce le "salut", et en ont fait le Nouveau Testament.
L'Islam a opéré une substititution d'un livre (la Bible) vers un autre (le Coran). Les Palestiniens cherchent à s'approprier tous les signifiants juifs (les symboles) pour être le Vrai Israel ("Verus Israel"). C'est donc d'un vrai "partage de symboles" dont il s'agit, d'un partage d'identité. Il concerne tout l'héritage monothéïste.

O. Pérétié :
Le conflit Israélo-Arabe a toujours été une menace pour la paix mondiale en grande partie à cause de ses répercussions sur les intérêts sociaux-économiques.
Sans vouloir schématiser, on parle baucoup de ce conflit en France car il y a beaucoup d'Arabes et beaucoup de Juifs en France...

G. Konopnicki :
Le problème, c'est que les Juifs ne sont pas un "point de détail" de l'histoire.
La Shoah est l'événement majeur du 20ème siècle. Le Nazisme, la Shoah sont les plus grands événements historiques de notre monde. Pour se déculpabiliser, on a enfin trouvé la faute majeure contemporaine : l'occupation Israélienne. On veut retirer à Israel sa propre histoire.
"Ce peuple de tailleurs devrait savoir que le costume rayé lui va mieux que l'uniforme...". On veut bien que les Juifs soient acteurs, commerçants... mais qu'ils restent donc en Diaspora ! Pas dans un état, avec une armée.
Le résultat du 1er tour des élections présidentielles en France est lié à la déculpabilisation de l'antisémitisme (on a vu dans les défilés, les manifestations, des drapeaux rouges de la LCR - Ligue Communiste Révolutionnaire - au côté de ceux du Hezbollah) ; on a vu des drapeaux d'Israel avec l'étoile de David brûlés à Paris. Et tout ça, 8 jours avant le 21 Avril. Conséquence, les Juifs ont déserté massivement les rangs de la gauche républicaine.

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Cette table ronde a été suivie de quelques "questions-réponses". Un sentiment personnel : Même si nous ne partageons pas forcément les idées avancées par O.Pérétié et G. Sadoux, ils ont eu le courage de venir débattre de ce sujet avec les membres de notre communauté, contrairement au représentant de l'AFP qu, lui, a décliné l'invitation.

Et pour ceux qui ne les ont pas encore acheté :
- "La faute des Juifs", par Guy Konopnicki. Ed. Balland - 15 €
- "Nom de Dieu", par Daniel Sibony - Ed. Seuil - 20 €


Cordialement,
Votre Serviteur


Paule ALLOUCHE