Discours de Maître MEDINA
Dîner du CRIF du 14 Décembre 2006


 C’est avec un grand plaisir que le CRIF vous accueille tous pour la septième édition de notre dîner annuel.

Monsieur le Ministre, nous sommes très honorés de vous recevoir ici à Grenoble.

La présence de vous tous, mes chers amis, à ce dîner est importante, vous savez combien la communauté juive est sensible et apprécie votre présence.

Monsieur le Ministre,

Comme chaque année le CRIF Grenoble Isère qui représente l'ensemble des associations de la communauté juive de Grenoble organise un dîner républicain qui a pour habitude de célébrer la laïcité, ciment de notre pacte républicain.

Car après tout, et c’est peut être le premier paradoxe, c’est ici dans ce cadre ce soir que la laïcité peut être célébrée avec le plus d’intérêt et le plus de force.

La loi de 1905 sur la laïcité fut une grande avancée pour notre société mais on oublie souvent de le souligner que ce fut une avancée majeure pour les deux religions minoritaires d’alors : le protestantisme et le judaïsme.

En effet dès lors que l’état ne reconnaît aucun culte, il ne donne plus la prééminence à la religion dominante et il dissocie de manière fondamentale la citoyenneté et plus généralement l’identité nationale, de l’appartenance à une religion dominante.
Cela veut dire que désormais depuis 1905, grâce à la laïcité on est Français protestant ou Français juif au même titre que tous les autres français.

Pour le judaïsme, la loi sur la laïcité est le complément qui parachève l’œuvre fondamentale débutée par le vote de l’assemblée constituante du 27 Novembre 1791 qui a accordé aux juifs la citoyenneté et l’égalité mais la vraie égalité ne sera obtenue que par la loi du 9 Décembre 1905 sur la laïcité.

Pour comprendre la place du judaïsme français dans notre société il faut connaître cette longue histoire, cette lutte pour l’égalité qui a trouvé sa consécration par la laïcité et qui fera dire dès la révolution de 1789 au Rabbin Kahn de Montpellier « Mes amis, la France vient de nous faire l’honneur de nous reconnaître comme ses fils, tâchons de nous montrer toujours et partout des dignes enfants de ce pays »

La laïcité fournit en France la possibilité de mettre toutes les religions sur le même plan et de leur permettre ainsi un dialogue réel qui n’aurait aucune chance d’exister si l’une d’entre elles avait une prééminence sur les autres.

Ce dialogue a toujours été aisé pour le judaïsme car le judaïsme enseigne depuis toujours qu’il ne porte que sa vérité et que les autres formes de religiosité portent aussi leur part de vérité. C’est de mon point de vue le début de la tolérance.

Cet attachement à la laïcité, aux valeurs protectrices de la république et plus généralement l’attachement à la France n’a pour autant jamais été un chemin facile.

Aujourd’hui, notre pays a peur à juste titre du communautarisme, du repli identitaire, je dirai même de la recherche identitaire mais attention à ne pas prendre peur par amalgame des communautés c'est-à-dire des minorités, de ceux qui appartiennent à une religion minoritaire et qui par définition doivent défendre la laïcité parce qu’elle les protège.

Il y a parfois derrière la lutte contre le communautarisme, un rejet des différences, un rejet des minorités.
Le communautarisme n’est pas l’affirmation d’une identité minoritaire, cette affirmation est un droit, c’est la revendication d’un statut à part dans la nation et la volonté de remettre en cause non seulement le principe de la laïcité mais également l’appartenance de la France à ses racines judéo chrétiennes, racines qui sont d’ailleurs plus chrétiennes que judéo soyons clairs.

Ces confusions sont souvent à l’origine des préjugés et des fantasmes sur les juifs, c’est souvent le début de l’antisémitisme.


L’antisémitisme n’est pas à confondre avec le racisme. Le racisme est toujours le rejet de celui qui est différent parce qu’il est noir, basané. L’antisémitisme a une particularité, c’est souvent le rejet de celui qui vous ressemble trop.

Je me suis d’ailleurs demandé en rédigeant ce discours, si je devais vous parler d’antisémitisme.

L’antisémitisme n’est ni un problème des juifs, ni un problème des anti racistes que vous êtes tous ici, c’est le problème des antisémites et donc finalement ça ne concerne personne ici ce soir.

Je le dis certes sur le ton de la dérision pour vous dire que le combat contre l’antisémitisme n’est pas le combat des juifs, c’est le combat de la nation toute entière, c’est avant tout le combat de la nation toute entière et accessoirement le problème des juifs, par ricochet.

Il y a quelques jours, nous célébrions à la maison de l’avocat avec le cercle Bernard Lazard, la maison des droits de l’homme et l’ordre des avocats le centenaire de la réhabilitation de capitaine Dreyfus, illustration parfaite de l'antisémitisme qui a touché un patriote qui voulait servir son pays et qui fut humilié uniquement parce qu’il était juif.

Mais qui aurait pu imaginer même après l’affaire Dreyfus, ce qui attendait les juifs de France pendant la seconde guerre mondiale


Ces 76 000 juifs de France qui furent déportés et massacrés pendant la seconde mondiale , ces 11 000 enfants arrachés à leur parents et envoyés dans les camps de la mort pour satisfaire le projet nazi qui visait de manière unique dans l’histoire de l’humanité à faire disparaître un peuple entier de la surface de la terre.
On leur reprochait simplement d'être juif. Le plus tragique est qu’ils furent souvent dénoncés, livrés par leurs compatriotes, par des français.

Monsieur le ministre,
Vous êtes à Grenoble, ,ville de résistance, ville de Liberté depuis la journée des tuiles de Vizille de 1788, Grenoble qui a payé un lourd tribu avec 2600 déportés dont 1000 juifs et 1000 résistants, mais Grenoble qui s'est faîte remarqué par son héroïsme à résister et à protéger ses juifs.
C’est à Grenoble que la résistance juive s’est unifiée pour sauver les juifs de l’extermination et pour sauvegarder les preuves de la Shoah par la création du centre de documentation juive contemporaine rue Bizanet en Avril 1943 et je me plais à le rappeler chaque année car c’est une source de fierté, c’est de ce souffle pour la survie trois mois plus tard que le CRIF national est né.

Grâce aux résistants et aux justes, ces non juifs qui sauvèrent des juifs au péril de leur vie, c'est à Grenoble que le judaïsme français a pu renaître de ces cendres.


Tout ce ci donne au CRIF Grenoble Isère une position à part, une responsabilité particulière vis-à-vis de la mémoire. C’est pourquoi le prestigieux Prix Louis BLUM que nous avons créé à Grenoble en mémoire à une personne exemplaire de notre communauté Louis BLUM, est important pour notre ville et pour tous les grenoblois.
Il a été attribué par notre jury cette année au cinéaste Claude Lanzmann que je salue.
A l’heure où je vous parle, des collégiens et Lycéens Grenoblois et Isérois sont dans un avion qui les ramène vers Grenoble après une journée passée au camp d’Auschwitz Birkenau. Ils sont accompagnés de Tal Brutmann l’historien qui dirige avec talent la commission de spoliation des biens juifs présidé par mon prédécesseur à la tête du CRIF Georges LACHCAR.
Ils vont revenir transformés.
Je veux saluer le travail de mémoire qui est accompli ici à Grenoble.
Dans quelques années nous récolterons auprès des jeunes, j’en suis sûr, le fruit de ce travail quasi unique en France mais je dois reconnaître monsieur le ministre que dans ce domaine, vous détenez la palme d'or national car vous êtes l'initiateur dans votre département de pas moins de 26 voyages de ce type et que vous venez de renouveler comme nous l'expérience pour trois ans.
Monsieur le Ministre,
Dans quelques mois, nous élirons un nouveau président de la république et nos députés.
Nous ne voulons plus vivre le cauchemar d’un 21 Avril bis.


Je le dis à ceux qui en douteraient en secret, il n’y a pas pire remède aux problèmes de notre pays aujourd’hui que le recours aux idées de haine, de racisme d’antisémitisme et d’exclusion.

Mais nos valeurs reculent monsieur le ministre, notre liberté collective recule.
Comment ne pas évoquer ce soir Robert REDEKER ce philosophe toulousain qui pour une tribune publiée dans le Figaro à la fin du mois de Septembre, s’est vu infligé une fatwa le condamnant à mort tel Salman Rushdie . Ce philosophe ne peut plus enseigner dans son lycée, il a dû déménager, il vit reclus.
Est cela France de 2006 ?
Il y a quelque chose qui me chagrine dans ce climat.je dois vous faire part d'une anecdote. Il m’est arrivé parfois en laissant traîner mes oreilles, d’entendre une fois, quelqu’un me raconter j’ai entendu dire par un ami d’un ami que s’il n’était pas juif, il se demanderait s’il ne voterait pas aujourd’hui pour Le Pen.
J’ai demandé à ce qu’on dise à l’ami de cet ami de ma part que c’était en premier lieu un crétin mais que ces propos me remplissaient de honte.
Aucune voix ne doit revenir à l’extrême droite !
Il nous reste 5 mois pour empêcher et pour nous mobiliser afin d’éviter un désastre que nul ne peut exclure aujourd’hui.
Je vous le dis monsieur le ministre très respectueusement, je me demande si les évènements qui ont poussé Jean Marie Le Pen au second tour en 2002 ne sont pas encore aujourd’hui plus que jamais d’actualité.

Les actes antisémites qui se sont multipliés depuis l’an 2000 se sont certes stabilisés puis baissés à un niveau qui reste insupportable : 2 actes antisémites par jour, sans compter qu’ils sont plus violents et mortels, dois je rappeler l’assassinat d’Ilan HALIMI et les évènements récents du Parc des Princes à Paris.
Cette violence à l’égard des juifs s’est généralisé à d'autres catégories de citoyens, elle est aujourd’hui mieux .
Je crains que nos compatriotes dont on critique la passivité n’aillent se déchaîner dans les urnes.
Les actes de violence pour des motifs raciaux comme ceux qui ont émaillé le match de football PSG/Tel Aviv ont un reflet particulier, ce n’est pas une violence banale, elle n’est pas comparable, ce n’est pas du simple hooliganisme qui est déjà condamnable en soi.
On a voulu ce soir là casser du juif puis du noir qui venait à son secours.
Cela est nauséabond, même s’il nous a réconciliés peut être avec l’image qu’on avait habituellement du racisme et de l’antisémitisme.
Mais nous n’oublions pas que les slogans antisémites ne sont pas l’apanage des seuls crânes rasés, qu’il existe un antisémitisme des banlieues, un antisémitisme et un racisme des exclus dont les intérêts se rejoignent.
Cette vérité nous a explosé aux yeux il y quelques jours, Dieudonné rendant visite à Le Pen, ce n’est ni un montage ni une fiction, l’anarchiste athée gauchiste à la rencontre du leader nationaliste, d’extrême droite.
Quelle haine commune les a réunis d’après vous pour devenir copain-copain ?
Quel haine commune réunie en ce moment même à Téhéran les spécialistes de la négation de la shoah ?


Ce racisme de ceux qui se présentent comme des exclus, est irrigué par l’intégrisme islamique révolutionnaire qui n’a bien entendu rien à voir avec l’Islam. Comme par hasard c’est le site islamiste Ouma.com qui fait jour après jour l’apologie de Dieudonné.
Brice HORTEFEUX ministre délégué aux collectivités territoriales rapportait il y a 15 jours au dîner du CRIF à Lyon que 42 % des actes antisémites provenaient de membres d’origine arabo-musulmane.

Ce chiffre fait mal car un vrai musulman ne peut pas s’attaquer à son frère juif et vice versa d’ailleurs, c’est pourquoi, nous allons continuer à militer avec mon ami Hakim BELHADJ et les représentants de l’Islam à Grenoble, Monsieur Makhlouf que je salue, pour que Grenoble reste une ville de dialogue, une ville étape du fameux bus de l’amitié judéo musulmane auquel je tiens.
Nous allons également continuer avec Jamil SAYAH à faire vivre le collectif Grenoble espérance , si essentiel à nos yeux pour dialoguer, et continuer nous apprécier, c’est essentiel ! Nous voulons continuer à travailler avec l'association franco maghrébine AMAL et son nouveau président Djilali Khedim.
Monsieur le ministre,
Je finirai mes propos par quelques mots sur la situation au proche orient.
Je connais monsieur le ministre votre implication sur ce dossier et j'ai suivi votre récent voyage sur place et l'aide que vous avez apporté aux populations de nord d'Israël.


Alors que nous revenions nous même en Juin dernier d’un voyage exaltant en Israël et dans les territoires palestiniens en compagnie du député maire de Grenoble, avec une importante délégation , alors que nous revenions plein d'interrogations, de projets, convaincus d’ une vrai possibilité de paix et de l'existence d' hommes de paix des deux côtés, voilà que le moyen orient a une fois encore connu l’épreuve de la guerre entre Israël et le Hezbollah au nord et le harcèlement les groupes armés terroristes palestiniens à Gaza qui lancent quotidiennement des missiles sur le sud d’Israël et la ville de Sdérot.
Nous savons que la force ne résout rien mais nous savons aussi que dans ce moyen orient dont tout le monde convient à juste titre qu'il compliqué, il faut hélas être craint pour être respecté, si vous êtes faible, vous n’existez plus.
Israël a une nouvelle fois été agressé dans le nord et dans le sud. Nous sommes sans nouvelles, contrairement à toutes les conventions internationales des trois soldats kidnappés en territoire israélien aux mains du Hamas et du Hezbollah .
Israël comme tout pays au monde a le droit de se défendre.

Bien entendu il doit se défendre dans le respect du droit international et en épargnant les civils alors que, tout le monde connait la difficulté, ce conflit oppose une armée régulière a des groupe fanatisés qui eux visent sciemment des civils (4000 missiles lancés sur des civils israéliens en 33 jours de guerre) et utilisent leur propres civils comme bouclier humain
Cette situation est un défi à toutes les démocraties et à ceux qui ont un minimum d’éthique. Voyez vous, contrairement à beaucoup, je ne critique pas les médias lorsqu'ils sont sévères avec Israël,


Oui messieurs les journalistes vous avez le droit d'exiger plus d'Israël, un comportement exemplaire, le jour ou vous ne le ferez plus, là, je protesterai.
Mais n'oubliez pas qu'on promet aux Israéliens, aux descendants de la shoah, un génocide programmé pour le 21ème siècle , nucléaire cette fois, via la folie du Président iranien et ses sbires de Syrie, du Hezbollah et du Hamas qui encerclent Israël.
Je crois hélas qu'on fantasme beaucoup sur la force et sur l'invincibilité de l'état d'Israël
Depuis 1948 Israël vit dans l'angoisse de sa disparition, et on ne comprend rien à la région si on ne prend pas en compte cette donnée qui met ce pays dans une situation unique au monde et j'ai calculé que depuis 60 ans le leadership palestinien a semblé accepter Israël pendant 7 ans de 1993 à 2000,7 ans sur 60.
La communauté internationale a laissé faire le génocide arménien puis la shoah, le massacre des kurdes, le Rwanda, la Serbie, le Kosovo, la Tchétchénie, le Darfour et j’en passe, comment voulez vous qu’Israël fasse confiance ?
Comment voulez vous qu’il y ait une confiance quand vous constatez il y a moins d’un mois à l'ONU que 157 états condamnent Israël pour des ripostes militaires sans que jamais ne soit mentionnée (pas condamnée mais mentionnée) l’agression initiale, 157 états dont la France.
Si on veut décrypter ce message, cela veut dire aux israéliens débrouillez vous pour votre sécurité et ne comptez pas sur nous, cela veut dire aux palestiniens qui ont droit au plus vite au respect et à un état viable, contentez vous de notre condamnation formelle d’Israël, restez dans la misère et attendez notre chèque en blanc en fin de mois.
Mesdames et messieurs, cette attitude est d’une lâcheté sans nom.

Pour avoir la paix, il faudra neutraliser les mouvements radicaux islamistes, je ne dis pas les convertir car cela pourrait prendre des siècles, je dis les neutraliser en les désarmant totalement conformément aux résolutions internationales et à la feuille de route du quartet.
Il ne faut pas aussi infantiliser les palestiniens, en évitant de leur demander de prendre eux aussi leur responsabilité, qu'ont-ils fait de Gaza depuis 18 mois ? à peu près rien, et je lis des discours ou on n’ose même pas évoquer avec eux le terrorisme et prononcer ce mot. Les infantiliser c’est ni les respecter, ni leur rendre service.
La résolution 1701 votée en Aout dernier au Liban est pourtant une source d’espoir incroyable dans la région.
Imaginez que ce mécanisme fonctionne, qu’au lieu de servir à réarmer le Hezbollah au nez et à la barbe de la FINUL, ce qui semble être le cas aujourd’hui de l’avis même des experts de l’ONU, les deux soldats israéliens soient libérés sans condition et que le Hezbollah soit désarmé car c'est cela résolution 1701.
Cela signifiera un retour à la confiance, à la légalité internationale qui doit servir de base à la solution des conflits.
C’est la faiblesse du droit qui rend inéluctable le recours à la force et c’est la faiblesse dont font preuve les nations aujourd’hui à l’égard de l’Iran et de sa filiale du Hezbollah qui pose les germes d’une nouvelle et prochaine confrontation, confrontation qu'il faut empêcher car il faut avant tout penser à toutes les populations civiles qui vont encore souffrir.
Aucun peuple ne mérite la guerre.
Mesdames et messieurs,
Nous croyons à la paix, elle est tout aussi éloignée qu’elle est proche mais cela dépend beaucoup de nous, cela dépend d'une étincelle qui peut venir de la France monsieur le ministre qui est un grand pays qui doit être audible sur la scène internationale.


Quand l’animal humain comprendra qu’il n’y a pas plus horrible que la guerre, la paix s’imposera.
La recherche de la paix doit être notre seule et unique motivation. Merci à vous tous par votre présence ce soir de nous aider à y croire.



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