Messieurs les ministres,
Monsieur le Député,président du conseil général,
Monsieur le Député maire de Grenoble,
Messieurs les Députés,
Monsieur le Sénateur,
Mesdames et messieurs les conseillers régionaux,généraux et municipaux,
Mesdames et messieurs les Maires,
Monsieur le Procureur de la république,
Monsieur le Président du Tribunal de Grande Instance,
Madame le Président du Tribunal administratif,
Monsieur le Recteur,
Monsieur le Consul,
Monsieur le Rabbin,
Messieurs les représentants des cultes
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les présidents,
Mesdames et messieurs les futurs présidents,
Je suis heureux de présider pour la sixième fois la sixième édition du dîner du CRIF Grenoble Isère .Après François Bayrou l’an dernier et avant Nicolas Sarkozy qui je n’en doute pas viendra à notre prochain dîner, nous recevons ce soir avec un grand plaisir et c’est un grand honneur Dominique Strauss Kahn .
Le CRIF Grenoble Isère a fait un pari avec notre président national Roger CUKIERMAN, le futur président de la république élu en 2007 aura été l’invité d’honneur du dîner du CRIF Grenoble Isère ; c’est la crédibilité des Grenoblois en jeu.
Monsieur le Ministre,
Vous êtes l’invité d’honneur d’un dîner régional du CRIF dans une ville symbole. C’est en effet ici que la résistance juive unifiée en 1943 s’est regroupée pour sauvegarder les preuves de la shoah.
C’est ici qu’à été fondé par le Rabbin Schneerson le 28 Avril 1943 le centre de documentation juive contemporaine, rue Bizanet, à quelques mètres du musée où nous nous trouvons ce soir.
C’est ici aussi que le Crif est né en 1943.
C’est ici, dans cette ville, que le combat pour la survie du judaïsme français s’est organisée pendant la seconde guerre mondiale..
C’est naturellement en Isère que se trouve le plus grand nombre de justes parmi les nations, ces citoyens non juifs qui ont eu le courage insensé à l’époque de sauver des juifs.
Les grenoblois et les Isérois quelque soit leurs origines ou leur religion ont une tradition de résistance, qui ne s’est jamais démentie depuis la révolution française jusqu’à ce jour.
Il n’est pas étonnant que ce soit à Grenoble que s’effectue depuis 1997, grâce aux travaux de l’historien Tal Brutmann, un travail considérable, unique en France, de mémoire au sein de la commission spoliation instaurée par la ville de Grenoble.
Qu’il me soit permis ici de saluer la convention signée avec le centre de documentation juive contemporaine et la fondation pour la mémoire de la shoah qui nous permettra durant 5 ans de faire participer des collégiens grenoblois à des voyages au camp d’extermination d’Auschwitz.
Il y a tout juste un an, j’ai participé sur invitation du Maire de Grenoble avec une délégation de personnalités et d’élus de la ville de Grenoble au premier voyage de collégiens à Auschwitz. Comme la totalité des collégiens, c’était aussi mon premier voyage dans cet enfer indescriptible.
Nous savions que la bestialité de l’être humain pouvait dépasser les limites de l’entendement mais ce que nous avons vu nous marquera jusqu’à la fin de nos jours.
Les nazis ne se contentaient pas de réduire le corps de leur victime en cendres. Ils leur faisaient perdre leur âme, leur conscience et leur humanité.
Dans son allocution devant le monument au mort à Auschwitz,le maire de Grenoble a rappelé ce qu’avait écrit le romancier Vercors au déportés :
Le jour où les peuples auront compris qui vous étiez, ils mordront la terre de chagrin et de remords. Ils l’arroseront de leurs larmes et ils vous élèveront des temples”.Nous avons plus que tout autre citoyen de ce pays, un héritage lourd à porter, celui de s’élever avant d’autres peut être moins sensibilisés, contre toute forme d’antisémitisme ou de racisme, et d’être en ce domaine les sentinelles de la république.
Car, nous aurions pu penser que l’antisémitisme serait mort à Auschwitz ,que de commémoration en commémoration, à mesure que les derniers survivants nous quittent, l’antisémitisme et plus généralement le racisme, le refus de l’autre, le refus de la différence s’estomperaient à jamais, pour laisser aux derniers rescapés, l’image d’un monde meilleur, éduqué et civilisé, qu’ils puissent partir au moins réconciliés avec la vie.
L’antisémitisme et le racisme n’ont toujours pas disparu.
Depuis Octobre 2000, le nombre des violences antisémites dans notre pays a été multiplié par 40, 1 acte antisémite par jour excusez du peu en 2004, et nous étions en train de nous féliciter de la baisse de 50 % du nombre de ces violences qui restent à un niveau insupportable.
Monsieur le Ministre,
Nous sommes toujours sous le choc de la mort atroce d’Ilan HALIMI.
Pour la première fois depuis la Shoah, la justice de notre pays présume qu’un jeune homme français a été kidnappé, torturé pendant 3 semaines, abandonné comme un chien nu menotté parce que juif.
Nous ne sommes pourtant ni au moyen âge, ni en 1942, mais bien 2006 en banlieue parisienne.
la fièvre s’est emparée ensuite de la banlieue Lyonnaise, de Sarcelles, la ville dont vous êtes le député. Il semble que ce soit la nouvelle mode dans certaines banlieues, il faut casser du juif.
Et pourtant nous faisons face à la même tentative de déni que celle que nous avions connue durant les années 2000 à 2002.
Je me souviens en 2000 lors du début de cette vague, les attaques contre les synagogues à la voiture bélier ou au cocktail Molotov, étaient considérées comme des violences ordinaires, des voyous qui brûlent des synagogues comme on incendie des voitures.Les choses paraissent évidentes aujourd’hui et pourtant….
Aujourd’hui il faudrait être prudent sur le dossier Halimi,la justice est saisi.
Oui, beaucoup de nos concitoyens non juifs sont aussi victimes de violences sans raison particulière. C’est bien entendu inadmissible .
Le président de la République se rend dans une synagogue parce que la victime est juive alors que d’autres citoyens souffrent aussi tous les jours de la violence. Y a t-il Deux poids deux mesures ?Nous sommes aujourd’hui contraint de répondre à cette question,après la lepénisation des esprits, nous voici dans l’aire de la « Dieudonnisation » de la pensée.
Lorsqu’une victime n’est pas choisie au hasard et sans raison, mais à cause de sa religion, sa couleur de peau ou de son origine, il y a une sacré différence .C’est toute la différence. C’est la raison même du combat inlassable que nous menons contre le racisme et l’antisémitisme.Ilan a été choisi parce qu’il était juif, il a été racketté parce que juif et qu’un juif est forcément riche aux yeux du gang des barbares.
Ce n’est pas le CRIF qui le dit, mais le gouvernement de notre pays mais surtout le juge d’instruction qui a estimé que l’infraction méritait à ce stade d’être qualifiée de crime avec la circonstance aggravante d’antisémitisme.
Cela veut dire qu’en France en 2006, être juif peut vous mettre en danger de mort : voilà ce qui doit nous amener à une indignation décuplée.
Je ne doute pas que la justice fasse son œuvre dans la sérénité, dans le respect des droits de chacun.
Mais la qualification que retiendra la cour d’assises au final me paraît totalement secondaire.
Ce n’est pas parce que Dieudonné a obtenu 17 relaxes devant les tribunaux et aucune condamnation définitive à ce jour (il ne faut pas trop se réjouir de sa condamnation de la semaine dernière puisqu’il y a appel), que ce personnage n’a pas un problème d’antisémitisme.
Ce n’est pas une critique de la justice qui doit juger un dossier tel qu’il lui est présenté et qui doit juger, avec les textes de notre droit pénal en vigueur.
Il faut déconnecter le processus judiciaire du problème grave de société que nous sommes en train de vivre.
La justice est un rouage essentiel de notre démocratie, mais il ne lui appartient pas de régler tous les problèmes de société.
Il y a une réalité aujourd’hui dans notre pays, nos synagogues sont devenues des forteresses protégées par la police,nous accompagnons nos enfants dans les écoles juives escortés.
Le CRIF Grenoble qui a la mission d’assurer la sécurité des bâtiments de la communauté juive en liaison avec les forces de police et de gendarmerie voit aujourd’hui son budget affecté à plus de 30 % par des dépenses de sécurité contre 1 % il y a 6 ans.A ce rythme, je serai dans quelques mois le président d’une officine de sécurité
Et nous avons le privilège de vivre dans un département relativement calme, d’avoir des services de police nationale et municipale et de gendarmerie extraordinairement dévoués , et jusqu’à ces derniers jours un préfet d’exception .
N’avons nous pas la formation, la sensibilité , l’expérience, la connaissance de l’histoire de l’humanité pour détecter l’antisémitisme ou le racisme ?
Voulez vous que je vous réponde franchement ? Je ne le crois pas.
Non, notre société ne sais plus détecter l’antisémitisme lorsqu’il ne provient pas de son vivier naturel : l’extrême droite.
Avouons le, pour beaucoup de nos compatriotes, un antisémite ou un raciste est un aryen, ultra nationaliste, crâne rasé si possible, qui lit Mein Kampf tous les matins.
Et puis on préfère ne pas voir en face une vérité qui nous dérange.
Admettons le également, la gigantesque manifestation contre la profanation du cimetière de Carpentras en 1990 qui a réuni près d’un million de personnes dans la rue, était surtout et avant tout une manifestation contre le Front national.
Dès lors que l’antisémitisme provient de démunis, d’exclus, de victimes de racisme ou de discrimination, on ne reconnaît plus le stéréotype des antisémites habituels.
On les condamne parfois mais on les comprend .On se dit qu’ils sont incapables d’intellectualiser un concept antisémite ou raciste comme si le racisme et l’antisémitisme étaient réservés aux grands intellectuels.
On se dit que ce sont d’abord des voyous, des barbares avant tout ; comme si le racisme et l’antisémitisme n’étaient réservés qu’aux gens civilisés.Tout ceci démontre que notre société est perdu dans ses repères et que l’opinion publique n’a plus la faculté de se mobiliser sur ces sujets.
En 2006 c’est le Front National qui veut s’associer à des manifestations contre l’antisémitisme et c’est un élu socialiste de premier rang qui traite les harkis de sous hommes.
Nous sommes effectivement en pleine confusion , surtout qu’un certain nombre de tabous sont tombés.
On ne se cache plus pour dire qu’on en a marre d’entendre parler de la shoah, qu’on embauchera jamais un arabe, qu’on ne louera jamais un appartement à un noir .
Les juifs de France ont un challenge à relever : celui de ne pas tomber dans la paranoïa de se croire les victimes exclusives de la société française d’aujourd’hui.
Le rapport annuel de la commission national consultative des droits de l’homme a été publié avant hier,on apprend que 30 % de nos compatriotes s’avouent racistes ,c’est un chiffre qui est en train d’exploser.Notre société est confrontée outre aux thèses d’extrême droite à l’islamiste radical et à la gauche radicale qui font de l’exclusion leur fonds de commerce et tentent de diviser notre société en communauté d’intérêts qui s’opposent.
Jour après jour ,on tente d’inculquer la concurrence entre communautés, entre victimes de l’histoire, on insuffle de la rancœur, comme au temps des black panthers américain,rappelez vous ceux là voulaient s’affirmer au détriment d’une autre minorité, la minorité juive qui les fascinait par sa réussite au sein de la nation américaine.
Aujourd’hui, on tente de faire croire à nos compatriotes que l’antisémitisme est un problème des juifs, un problème qui leur est étranger, pire un problème communautariste.
Alors qu’il s’agit d’un problème français, d’un problème de la France.
On veut présenter les juifs comme des immigrés privilégiés : il est grand temps qu’on se rende compte que le judaïsme est installé en France depuis plusieurs siècles en totale harmonie avec la république.
Mesdames et messieurs,
Vous ne devez pas vous sentir étrangers à mes propos .
Je voudrais vous relire ce texte célèbre du pasteur Martin Niemoller qui a écrit en 1942 à Dachau « Quand ils sont venus chercher les communistes ,je n’ai rien dit, je n’étais pas communistes, quand ils sont venus chercher les syndicalistes ,je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste, quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit ,je n’étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai rein dit ,je n’étais pas catholique. Puis ils sont venus me chercher. Et il ne restait personne pour dire quelque chose ».
Les enfants de la république black, blanc, beur dont on pensait qu’ils étaient notre fierté, qu’ils nous avaient fait brandir une coupe du monde de football,qu’ils nous apportent des succès dans d’autres domaines que le sport, ne produisent pas que des Zidane et Thuram, mais aussi depuis quelques années des barbares, puisqu’ils se nomment eux même ainsi.Mais ce sont aussi nos enfants. Ils sont en rupture totale avec la société et pendant 20 ans ce débat fut confisqué en France par la présence paralysante sur l’échiquier politique du Front national et ses outrances.
A force de ne pas vouloir amalgamer, à force de ne pas vouloir être soi même accusé de racisme, à force d’espérer le calme, à force de calcul politiciens, tous les gouvernements depuis 20 ans ont préféré baisser les yeux en priant pour la paix sociale.
La prochaine élection présidentielle se jouera, je n’en doute pas, sur la capacité et le courage des candidats à proposer une alternative à l’immobilisme car nous sommes je le crois au bord d’une cassure irréversible.
Une alternative qui ne remette pas en cause le fait que la France est une communauté de destins où l’on est d’abord français puis catholique, musulman ou juif, car l’oublier reviendrait à séparer les français et ouvrir la voie du communautarisme.
Monsieur le ministre, vous êtes autant attendu sur ce sujet que sur les problèmes économiques de notre pays.
Mais aujourd’hui, nous certes travailler à rétablir le lien social, à travailler à ce qui nous rassemble. Mais ce n’est plus suffisant,nous devons nous faire entendre et passer ce message dans nos synagogues,nos mosquées,nos temples,nos lieux de réunions plus laïcs. Je ne suis pas certain que ce soit fait.
L’année 2005 fut riche, nous avons organisé en présence de Bernard STASI, avec l’association franco maghrébine AMAL un colloque sur la laïcité.Nous avons débattu avec les arméniens du génocide de 1905 dont ils ont été victimes. Nous avons accueilli avec le conseil du culte musulman de l’Isère le bus de l’amitié judéo musulmane, nous avons attribué le prix des droits de l’homme Louis BLUM au Père Patrick DESBOIS qui est l’un des artisans de l’amitié judéo catholique.
Tout ce programme vise à nous retrouver, sur des valeurs communes, sans renier nos différences.
Monsieur le ministre,
Dans un monde mondialisé,il ne faut pas mésestimé l’importation et l’impact dans notre pays de conflits étrangers.
Le terrorisme islamiste n’est plus un conflit étranger. Il nous menace et nous vivons 24 h sur 24 sous Vigipirate à cause de lui.
Nous avons des menaces précises qui viennent de l’extérieur, de l’Iran par exemple. Les ayatollahs annoncent qu’ils veulent supprimer l’état d’Israël de la carte et conquérir la bombe atomique.
Israël c’est le prétexte, le laboratoire, la première ligne de combat, nous sommes juste derrière. Demain une petite bombe sale pourrait se transporter dans une petite valise dans n’importe quelle ville occidentale
Je ne terminerai pas ces propos sans vous dire un mot de la situation au Moyen-Orient.
L’an passé, j’avais misé sur la réussite du couple Sharon-Abbas.
Côté palestinien, c’est aujourd’hui la débandade, le retour 40 ans en arrière, l’autorité palestinienne est dirigé par un groupe terroriste d’inspiration djihadiste, il faut malheureusement miser sur leur échec en souhaitant que la population palestinienne souffre le moins possible.Je voudrais dire un mot sur Ariel Sharon, pour lui rendre hommage en ces moments où il continue à lutter contre la mort, je ne faisais pas partie des premiers supporters et je dois dire aujourd’hui qu’il laissera sans doute dans l’histoire d’Israël une empreinte au moins égale à celle de Rabin. C’est un très grand homme d’état qui disparaît de la vie politique.
Il a réussi à créer le consensus en Israël sur l’idée de deux états indépendants côte à côte et l’évacuation de territoires à population palestinienne de façon unilatérale, c’est à dire mettre fin à l’occupation dont on s’aperçoit qu’elle est inutile pour garantir la sécurité d’Israël.
Ne plus faire la police chez l’autre et s’enfermer chez soi dans un premier temps, c’est sans doute la seule façon de divorcer aujourd’hui, les deux peuples auront tout le temps de renouer demain et construire des ponts entre eux.
Nous sommes en tout cas sorti de l’ambiguïté,il suffit de lire la charte du mouvement Hamas qui fait froid au dos. la communauté internationale doit prendre ses responsabilités.
La paix est cependant inéluctable ce n’est qu’ une question de temps et de patience.
Je ne doute pas que les israéliens qui sont invités aux urnes la semaine prochaine répondront au Hamas mais surtout au peuple palestinien par un message de paix.
Monsieur le ministre, Mesdames, Messieurs,
Les juifs de ce pays sont des citoyens on ne peut plus ordinaires, avec leurs intellectuels,leurs politiques,leurs chefs d’entreprises et aussi leurs délinquants.
Des français ordinaires,1 % de la population française.
Nous avons toujours eu une grande idée de la France et l’envie de faire progresser notre pays et participer à son rayonnement.
En revanche, malgré les fantasmes, nous avons toujours eu des projets très modestes pour nous même.
Bernanos dans un article qu'il a publié dans un journal de la Résistance pendant l'Occupation a écrit : « Pour les juifs, vaincre c'est durer. »
Cette vérité reste immuable à travers le temps et les époques
Les juifs sont le seul peuple a avoir survécu à l’antiquité.
Oui nous voulons durer mais ce voeux ne suffit peut être plus aujourd’hui, nous formulons pour demain le vœux de durer,durer dans la sérénité, durer dans la tranquillité,durer dans la paix.