Monsieur le Préfet,
Madame la Députée,Madame la Présidente du Conseil régional,
Monsieur le ministre plénipotentiaire représentant l’Etat d’Israel
Monsieur le Député Maire de Grenoble,Monsieur le député ,
Monsieur le sénateur
Monsieur le Procureur général,
Monsieur le 1er Vice Président du Conseil Régional
Monsieur le vice Président du Conseil Général de l’Isère,
Monsieur le Rabbin, et Messieurs les représentants des cultes catholiques et protestants,
Monsieur le consul de Grèce,
Monsieur le Président du CRIF national,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mes chers amis,
Je suis très heureux de vous accueillir pour la troisième année consécutive à ce dîner annuel qui s’inscrit désormais dans une tradition Grenobloise bien établie.
Ce dîner est une occasion unique pour les associations et institutions juives de Grenoble et de l’Isère réunies au sein du CRIF, d’échanger avec le pouvoir politique, local, départemental ou régional sur les sujets qui nous concernent tous, citoyens de ce pays, Rhône alpins, Isérois et Grenoblois.Il a l’ambition de réunir les différentes forces vives de la cité tant au niveau politique, religieux, social ,judiciaire qu’ économique.
Madame la députée,Madame la Présidente,je suis très honoré de vous avoir comme invité d’honneur après avoir reçu successivement Monsieur Michel DESTOT député maire de Grenoble et Monsieur Didier MIGAUD député et Président de la métro : je remercie Monsieur le Maire Michel DESTOT de continuer d’honorer de sa présence cette soirée.
Le CRIF vous reçoit dans le cadre de ses dîners après Nicolas SARKOZY le 28 Novembre dernier à Lyon et avant le premier ministre Jean Pierre RAFARRIN le 25 Janvier prochain à Paris.
Ce dîner est avant tout un dîner républicain qui a toujours été placé sous le signe de la franchise réciproque. Je tenterai de ne pas y déroger ce soir.
Nous faisons partie résolument des 80 % d’électeurs qui ont voté pour Jacques CHIRAC lors du deuxième tour de l’élection Présidentielle de Mai dernier, par conviction pour certain, mais surtout pour faire barrage à l’extrême droite.
Pour la première fois de son histoire, le CRIF qui rassemble toutes les sensibilités du judaïsme français, religieux, laïcs, de droite de gauche du centre, et ne donne par conséquent aucune consigne de vote, a appelé à voter au second tour de l’élection Présidentielle pour Jacques CHIRAC.
Je veux vous dire combien nous sommes attachés à cette France du 1er mai qui a défilé en nombre à Grenoble,Grenoble fidèle à sa réputation, plus grande mobilisation en proportion de toutes les villes de France, nous aimons viscéralement cette France qui s’est levée pour dire NON à l’extrémisme et OUI à la république.
Cette France a rejeté l’extrême droite mais elle s’est découverte malade, malade de ses valeurs bafouées, malade de la première de ses libertés menacées : la sécurité de ses citoyens.
Et pourtant fallait il être aveugle pour ne pas sentir les signes du malaise ?
Fallait il être si détaché de l’opinion publique exaspérée de voir les banlieues s’agiter, là où fleurissent des inscriptions faisant l’apologie de BEN LADEN, là où dans les lycées les enseignants d’histoire n’osent plus enseigner la seconde guerre mondiale de peur d’être molestés, là où fleurissent des zones de non droit où les forces de l’ordre n’ont plus le droit de pénétrer, là où ceux qui portent une kippa sur la tête ou une étoile de David sont contraints de baisser la tête et d’ôter leurs signes distinctifs.
Je ne fais que décrire la réalité notre pays , notre département, des quartiers de Grenoble. Si nous avons été préservés d’actes violents et spectaculaire, Je vous l’assure, le climat est loin d’être serein.
Madame la Présidente,nous connaissons votre attachement à la décentralisation qui permet à votre conseil régional de consacrer des budgets très importants pour moderniser les lycées,pour renforcer la richesse leur bibliothèque et pour favoriser les actions éducatives permettant l’épanouissement des jeunes.
Vous avez dû être comme moi interloqué il y a 15 jours à Lyon en entendant mon confrère JakubowiCz Président du CRIF Rhône Alpes lire à l’attention de Nicolas SARKOZY des passages de l’ouvrage intitulé « les territoires perdus de la république » publié aux éditions des mille et une nuits ou des professeurs de collège relatent en toute objectivité le quotidien de l’antisémitisme en milieu scolaire.
Je remercie Alain JAKUBOWICZ d’avoir expressément lu des passages concernant Grenoble.
Je me permets pour l’assistance et je profite de la présence de Madame la rectrice de l’académie et pour ceux qui n’auraient pas lu ce livre également, de citer un seul passage.
La scène se passe à Grenoble, un professeur d’histoire raconte qu’alors qu’il traite de la seconde guerre mondiale,il entend un élève dire « on aime bien l’histoire en ce moment parce qu’on fait Hitler et qu’il en met plein la tête aux juifs alors on aime bien « et un autre élève de s’écrier « mort aux juifs » en pleine classe.D’autres exemples sur Grenoble tout aussi abjects sont cités dans ce livre de témoignage dont je conseille la lecture. Les incidents se multiplient dans notre département , un professeur de philosophie m’a alerté pas plus tard que la semaine dernière, de l’existence d’une réunion de propagande sur le conflit au moyen orient dans un lycée du centre ville de Grenoble à l’initiative d’une association dite anti raciste .,tout cela pour échauffer les esprits et entretenir les amalgames.
La jeunesse constitue notre avenir et notre priorité. Et pourtant dans nos meilleurs librairies en ce moment en vente libre nous pouvons offrir à nos enfants un livre qui leur est spécialement destiné publié aux éditions Flammarion qui fait l’apologie de la guerre sainte et de l’attentat suicide et je passe sur la violence de certains site Internet accessible à tous et le vide juridique qui les accompagne.
Madame le Président,nous ne pouvons pas rester passif face à ce constat,et il y a sans doute un effort urgent et considérable à entreprendre pour faire comprendre à nos jeunes l’horreur absolu de la shoah et, ou l’antisémitisme et le racisme peuvent mener.
Ses deux dernières années, les juifs de France ont été pris pour cible avec une violence rare tant verbale que physique au point que certains se sont demandés s’ils avaient encore un avenir ici dans leur pays 50 ans après Vichy, une question que ma génération pensait n’avoir jamais à entendre.
Le pouvoir politique d’alors qui a été alerté aurait pu ,aurait dû prendre très vite les mesures nécessaires,nous entendait il alors , alors que sous ses yeux on criait « Mort aux juifs » en plein Paris, on incendiait des Synagogues, des écoles juives, on tabassait des rabbins et des étudiants juifs.
L’insécurité grandissante a touché toutes les couches de la société,mais nos compatriotes ont compris que lorsque des synagogues brûlaient, la République était en danger et était menacée dans ses fondements mêmes.
Comment notre pays peut-il admettre être celui où se commet le plus d’actes antisémites dans le monde selon une réalité statistique incontournable ?
Il ne l’admet d’ailleurs pas.
« Toucher aux juifs de France, c’est toucher à la France ».Nous tenons ses propos de Jean Pierre RAFARRIN quelques jours après sa nomination au poste de premier ministre.
Nous attendions ses paroles depuis plusieurs mois.
Il s’est clairement démarqué de ceux qui ont pu penser que défendre les juifs Français victimes d’actes antisémites , pourrait être interprété comme un soutien à la politique du gouvernement de l’Etat d’Israël, comme si les juifs de France devait être confiné dans une sorte de sous-citoyenneté..Et d’ailleurs que n’a t-on pas entendu sur cet antisémitisme d’un genre nouveau, avec peut être une autre appellation : « judéo phobie » disent certains.
Non, mesdames et messieurs, lorsqu’on s’attaque à un juif parce qu’il est juif cela porte un seul nom : l’antisémitisme ; il existait avant Israël et chaque époque de l’histoire a vu ses antisémites et ses prétextes remis au goût du jour, un jour les juifs sont en surnombre, un jour ils sont trop puissants et complotent et aujourd’hui en plus il y a Israël dans l’éventail du choix.
Et quelle aubaine pour le Front National !
Des citoyens français sont attaqués au motif d’un conflit à l’extérieur des frontières, des drapeaux du Hezbollah, du Hamas, des enfants déguisés en kamikaze défilent dans les rues de Paris et dans les régions de France.
Des alliances de circonstances se nouent entre l’ultra gauche dite progressiste et les islamistes.
Ainsi un José BOVE revient d’un voyage dans les territoires palestiniens pour nous asséner ici que les actes antisémites en France seraient l’œuvre du mossad.
L’histoire se répète.
Le monde a finalement peu changé en ce début du 21ème siècle, si le fascisme, le nazisme et le stalinisme ont bel et bien disparu, la haine qui les motivait leur a malheureusement survécu.
Haines absurdes et insensées mais ô combien contagieuses.Mais il ne faudrait pas à notre tour sombrer dans l’amalgame malheureux, dans ce monde complexe ou il faut sans cesse se défaire de l’image qui tue, des analyses rapides à l’emporte pièce.
La France n’est pas un pays antisémite, l’assemblée nationale l’a démontré à l’unanimité de tous ses groupes avant hier et en votant une proposition de loi renforçant la répression des actes antisémites.
Ce n’est pas une poignée de militants qui grondent, qui pourra damner le pion à l’immense majorité de nos compatriotes qui rejettent avec force l’antisémitisme sous toutes ses formes.
Nous ne laisserons pas ternir l’image de la France à l’étranger.
Le CRIF et son Président National, Roger CUKIERMAN ici présent qui s’y est personnellement investi, se sont attachés à désamorcer la campagne de dénigrement qui commençait à poindre aux Etats Unis.
Nous nous sommes rendus sur place pour expliquer qu’ici il n’existait aucune législation antisémite, que les juifs souffraient peu de discrimination et que selon un sondage récent sur les juifs de France, 91 % des juifs français sont heureux de vivre dans ce pays.
En 2002, des synagogues ont été brûlées, des écoles juives, LE PEN a accédé au second tour de l’élection Présidentielle, Maurice PAPON a été libéré dans les conditions que vous savez, il n’en fallait pas plus à certains en dehors de nos frontières pour en tirer des conclusions hâtives et définitives.
J’emploierai un terme connu dans le jargon des avocats, le dossier est pratiquement « in plaidable » face à la force des images.
Si nous sommes toujours confrontés à la même problématique, celle de l’émotionnel, de l’image qui prime sur le rationnel, La vérité prend toujours son temps pour éclater mais elle finit toujours par prendre le dessus sur l’image et sur l’incompétence.
Ou en sommes nous aujourd’hui ?
Si le nombre d’actes répertoriés est en sensible baisse depuis quelques mois, le climat ambiant n’a pas changé.
Nous sommes beaucoup plus préoccupé, dans tous le sens du terme, à protéger nos lieux de cultes, nos écoles, nos bâtiments qu’à diffuser la culture juive, et enseigner nos valeurs à nos enfants.
Il est temps que cette situation tristement anormale cesse.
Dans ce panorama peu réjouissant, je voudrais ce soir solennellement saluer respectueusement Monsieur RONDEPIERRE, Préfet de l’Isère pour son action et son écoute. Je n’oublie pas que dans les moments difficiles que nous avons connu cette année, son bureau m’a toujours été ouvert. Il sait que je souhaite toujours plus de moyens mais je sais qu’il fait l’impossible pour nous satisfaire et nous lui en sommes reconnaissant.Madame le Président, notre pays a une nouvelle majorité à laquelle vous appartenez et un nouveau gouvernement qui est confronté à de grands défis :
1- Restaurer la sécurité en protégeant nos libertés publiques.
Si le nouveau gouvernement exprime des intentions louables et un discours de fermeté qui l’honore, nous sommes en revanche très attentif sur les risques de dérives.
La sécurité ne s’oppose pas à la liberté et notamment le respect de la dignité humaine, la liberté d’aller et de venir, les droits de la défense sans lesquels il n’y a pas de véritable sécurité.
S’il faut neutraliser les délinquants, il faut veiller à ne pas jeter l’opprobre sur certaine catégorie de citoyens, les plus faibles, et protéger la présomption d’innocence.
Certaines mesures nous inquiètent pour les libertés publiques et pour la paix civile comme elle inquiète la commission nationale consultative des droits de l’homme qui n’est pas un organisme partisan.
La France a un rang à tenir en matière des droits de l’homme, il y va de son rayonnement international.2- Notre pays est également confronté au défi de l’intégration d’une population immigrée importante issue d’Afrique du Nord.
L’Islam est devenu la deuxième religion de France sans qu’un islam de France, français, n’ait été organisé. C’est pourquoi il y a des musulmans dans cette salle ce soir responsable d’associations mais pas d’Imam car il n’y a pas d’Imam officiel de Grenoble comme pour les autres religions.
80 % des lieux de culte musulman sont gérés par des immigrés.
La tâche paraît immense et beaucoup de vérités sont tues par crainte d’échauffer les esprits alors qu’il faut au contraire aller de l’avant.
Ce problème nous intéresse tout d’abord au même titre que tous les français mais également parce que les actes subis par les juifs de France proviennent pour l’essentiel de musulmans qui ont du mal à s’intégrer et à comprendre la réalité de notre pays. Asséner cette vérité même si elle dérange ne doit offusquer personne.
Faut il que ce soit le recteur de la mosquée de Paris qui dénonce lui même la menace des fondamentalistes sur les mosquées en France et sur les barbes qui fleurissent en région parisienne alors qu’elles sont taillées à Kaboul : je cite.
Je partage l’avis de certains intellectuels qui pensent que la société française a du mal à tenir un discours sur l’islam et la communauté immigrée, et que certains propos révélateurs d’une angoisse collective vis à vis de l’Islam sont renvoyés au judaïsme comme un miroir.
En effet, combien de fois n’ai-je pas entendu des critiques sur le communautarisme grandissant des juifs de France alors que si le repli identitaire est réel , regrettable et condamnable, il n’est que le résultat de menaces et craintes non apaisées.
Combien de fois ne m’a t-on pas interpellé sur la radicalisation des juifs des France, sur nos propres intégristes. Ayons le courage de regarder sereinement la réalité en face et cessons d’opposer les uns aux autres.
Nous pouvons et devons tous nous retrouver autour du principe de laïcité.
Le principe de laïcité issu de la loi du 9 décembre 1905 est incontournable et ne peut être négociable.La laïcité ne doit pas crisper la société française sur ses différences car le principe de laïcité est synonyme de tolérance et de respect des minorités.
Des crispations nouvelles s’exercent à l’égard des juifs de France, notamment par exemple lors de la commémoration du kippour, jour le plus solennel du judaïsme.
Plusieurs incidents m’ ont été signalés ou aux prétextes du principe de la laïcité, des examens, des réunions importantes (la journée du commerce), des affaires judiciaires sont fixées ce jour là sans possibilité de report.
Soyons clair ,il ne s’agit pas de faire de ce jour solennel pour les juifs un jour férié pour tout le monde mais d’admettre que c’est un jour particulier pour une catégorie de citoyens français et cela n,’a d’ailleurs jamais posé problème dans le passé.
A l’approche du centenaire de la loi de séparation de l’église et de l’état du 9 décembre 1905 il conviendrait,sans doute, sans remettre bien entendu en cause le principe de laïcité, réengager une réflexion sur le sujet en y associant les représentants de l’Islam de France puisque seuls quatre cultes sont implicitement reconnus en France, le catholicisme, le judaïsme, et les deux églises protestantes réformées et luthériennes.
Je sais que la Fédération Protestante de France est favorable.
Il s’agit d’un chantier essentiel qu’on ne pourra pas éluder dans le débat sur l’intégration.
Madame le Président, vous le savez sans doute ,Le CRIF Grenoble-Isère travaille au rapprochement.
Avec l’Association AMAL, nous avons inauguré avec le parrainage de la commission nationale consultative des droits de l’homme,en avril dernier le collectif Grenoble Espérance.
Une charte a été élaborée puis publiée et les réunions se succèdent en présence de juifs, d’arabes musulmans, de chrétiens et de laïques, ce collectif est ouvert à tous ceux qui croient en la fraternité et qui n’entendent pas gommer leurs différences parfois importantes ,qui loin de nous séparer peuvent au contraire nous rapprocher autour des valeurs communes.
Nous travaillons justement à l’organisation d’ un grand forum sur le thème du « Vivre Ensemble ».
Je suis très heureux de faire ce chemin fraternel avec Jamil SAYAH,Président d’AMAL qui est homme courageux qui sans jamais renier ses convictions et son soutien à la cause palestinienne ce qui est parfaitement son droit en démocratie , a condamné sans équivoque le terrorisme dans un article paru dans le journal « Le Monde » le 18 octobre dernier et intitulé « L’islam ventriloque ».
Cela m’amène brièvement à aborder la situation internationale et moyenne orientale.
Le terrorisme islamique radical a encore frappé en 2002 aux quatre coins de la planète, en Tunisie, en Indonésie, au Yémen, au Pakistan,au Kenya. Plus personne ne nie le caractère planétaire du problème.
Très curieusement, la France jouit d’une position très peu enviable.
Le seul véritable suspect des attentats de New York est français, six français sont incarcérés à GUANTANAMO et parallèlement c’est la France ou des citoyens français en 2002 qui ont été le plus frappée par le terrorisme international après l’état d’Israël et les israéliens.
C’est un malheureux point commun.
Je voudrais vous dire un mot d’Israël.
La destruction massive du judaïsme européen dans la SHOAH, et la disparition des foyers millénaires du monde Sépharade, font que les juifs du monde considèrent Israël comme l’axe symbolique de la continuité juive, un refuge, le facteur de la dignité retrouvée.
Pour un juif français ,l’existence d’Israël fait partie intégrante de son patrimoine culturel et religieux et nous n’ avons absolument aucun complexe ni retenu à le dire. Fils d’Abraham et de Marianne,je trouve très adapté cette formule que l’on doit à l’Union des étudiants juifs de France.
Confronté à des difficultés insurmontables dès sa renaissance historique après 2000 ans d’absence, Israël a accueilli depuis 1948 des juifs de 102 pays dans le monde et a su créer l’un des quatre cites de haute technologie au monde, des centres de recherche performants, l’agriculture la plus avancée, Israël est en tête dans le domaine des biotechnologies, le prix Nobel d’économie 2002 est Israélien et durant ses 25 derniers mois de guerre, 80 000 juifs du monde (essentiellement d’Argentine) ont encore trouvé en Israël le dernier refuge .
Ce pays est malgré tout très fragile ,même si des images ici encore déformantes font fantasmer sur sa puissance .De retour de vacances d’Israël , il y a quelques jours j’ai vu un pays vidé de ses touristes, une économie à genoux ,une nouvelle pauvreté qui fait des ravages et je me suis imaginé ce que pouvaient vivre de l’autre côté les palestiniens.
Il manque à Israël l’essentiel, la paix avec tous ses voisins et en premier lieu avec son voisin Palestinien.
Je veux parler d’Israël ce soir, pour répondre essentiellement à une interpellation :
Pourquoi le CRIF nous dit on ,ne critique t-il jamais ou si peu la politique menée par le gouvernement de l’état d’Israël ;cela d’ailleurs disqualifierait tous les juifs au monde en matière de droits de l’homme, comme si quelque part nous ne souffrions pas de la même façon, qu’un mort soit palestinien ou israélien juif ,arabe ou druze.
Nous ne faisons aucun tri entre les victimes (sauf les kamikazes bien entendu) .Un innocent est un innocent, mais il y a une hiérarchie entre le terrorisme aveugle d’essence religieuse qui empêche la paix et avec qui il n’y a aucun compromis ni discussion possible, un crime contre l’humanité en droit international et les opérations militaires qui visent à l’éradiquer. C’est une hiérarchie macabre j’en conviens mais une hiérarchie quand même. Cette vérité s’applique à Israël et ailleurs dans le monde.
Le CRIF est l’expression d’une large diversité,ce n’est pas un bloc d’inconditionnels donc d’imbéciles pardonnez moi la vulgarité de l’expression , et si je vous disais tout à l’heure qu’il ne donne jamais de consigne de vote en France, vous imaginez bien a fortiori qu’il n’interfère pas en Israël.Mais je ne me déroberai pas. J’avoue avoir du mal dans de nombreuses circonstances à mêler ma voix alors que l’existence d’Israël est discutée voir menacée, à celle de José Bové et ses amis,ses collectifs et coordination pour une paix juste et ses islamistes de tout poil. Je me souviens il y a quelques mois lorsque l’association SOS RACISME a lancé un appel à manifester à Grenoble en faveur de la paix pour deux états cote à cote,je me suis rendu en première ligne avec un forte délégation plurielle d’Edith ABERDAM à Claude HAYAT,sans vous cacher la crainte que j’avais de me retrouver au côté de personnages infréquentables à mes yeux.
Eh bien tous ses collectifs n’étaient pas là,peut être étais je moi même pour eux infréquentable mais au moins nous avons ,en ce qui nous concerne,une vision du proche orient qui n’exclut ni l’Etat d’Israël ni un éventuel état palestinien.
Permettez moi de retenir d’abord qu’Israël est une grande démocratie ou l’alternance politique joue à plein.5 premiers ministres différents de tendance différentes ont été portés au pouvoir pour négocier avec l’autorité palestinienne depuis 10 ans. Tous les sortants ont été battus aux élections. C’est dire si la critique joue à plein sur place.
Et curieusement c’est avec le gouvernement le plus à gauche de son histoire au moment ou le peuple palestinien avait son Etat en construction quasi achevée, 8 grandes villes, 400 villages, un port, un aéroport, une ligne aérienne, des quartiers généraux à Jérusalem, une mission parlementaire en construction à ABOU DIS, quartier de Jérusalem, sa propre police ,son Administration, son gouvernement et un soutien politique économique international que la guerre terroriste a été enclenchée.
Nous devons nous interrogé sur la société palestinienne qui au moment ou elle commençait à tout obtenir s’est mis à ériger comme valeur suprême le sacrifice de ses enfants et la mort.
Nous devons nous interroger sur notre propre responsabilité, nos financements. Avons nous financé la course aux abîmes ?
Des parlementaires courageux sont entrain de solliciter une commission d’enquête nationale. Plusieurs parlementaires isérois ont déjà signé cette demande. j’ose espérer Madame le député que vous joindrez votre signature à celles de vos collègues parlementaires.
Les démocraties ne sont jamais fait la guerre dans l’histoire de l’humanité car le peuple, lorsqu’il est souverain, lorsqu’il est consulté, lorsqu’il s’exprime sans menace ni crainte, se prononce toujours pour la paix.
L’enjeu est d’abord un enjeu de démocratie, nous avons le devoir de renforcer la démocratie israélienne et favoriser l’émergence d’un processus démocratique chez les palestiniens.
Pourtant, certains en France, font exactement l’inverse.A leurs yeux, il conviendrait de boycotter les produits israéliens en France pour mettre à genoux l’économie israélienne déjà pas très florissante . D’abord les produits israéliens puis des produits d’industriels juifs simplement, des juifs français également comme par hasard : vous avez compris la dérive…
Un appel circule dans des tracts et sur Internet mais également sur les façades de certains commerces grenoblois ,ce qui constitue une infraction au sens des articles 225-1 et 225-2 de notre Code Pénal.
Madame le Président, Madame le Député, nous souhaitons que vous interpelliez le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, afin qu’ils donnent les consignes nécessaires de poursuite aux différents Parquets de la République.
Madame le Président, Madame le Député, je voudrais finir en conclusion par un mot sur le devoir de mémoire dont nous sommes investis pour perpétuer le souvenir de ceux qui ont péri dans la barbarie nazi avec parfois la collaboration des autorités de l’Administration de Vichy.
Nous avons commémoré le 26 août dernier le soixantième anniversaire de la rafle des juifs à Grenoble du 26 août 1942 et grâce au travail de la commission d’enquête sur les spoliations animée par TAL BRUTTMANN, nous avons pu retrouver les noms des raflés ,ceux qui n’ont jamais de sépulture.
Cet œuvre de mémoire devra s’achever par la reconstitution historique des faits mais surtout par l’exaltation et la mise en avant de l’héroïsme de tous ceux qui ont sauvé des juifs dans un contexte impossible.
La commission a effectué un travail considérable notamment à travers un cycle de conférence publique de grande qualité. Elle n’a vocation ni à juger ni à indemniser mais à apporter une contribution à la commission nationale Mattéoli .Je précise aux élus pour que les choses soient clair que le gouvernement a créé deux seuls institutions officiels ,la commission DRAI pour les indemnisations individuelles et la Fondation pour la mémoire de shoah présidée par Simone VEIL pour les projets de mémoire.
Pour finir je voudrais vous faire une dernière confidence : à chaque commémoration, je me pose la question de notre utilité , notre efficacité sur le plan pédagogique et éducatif lorsque je regarde le monde dans lequel nous vivons.
Je vous ai beaucoup parlé ce soir de courage et de vérité. Le courage est une vertu essentielle dans le judaïsme. La mémoire est le reflet de la vérité pour reprendre une formule d’Elie WIESEL. Nous recherchons ici avec modestie la vérité. cette vérité ,ce n’est pas simplement la nôtre ou celle des autres. La vérité qui nous mobilise est celle imaginée par Jean GIONO : c’est à dire cette vérité qui est la même pour tous.