Discours de Didier Migaud Président de Grenoble-Alpes Métropole
Dîner du CRIF Grenoble-Isère Le 16 décembre 2001


Je vous remercie de votre accueil et j'espère pouvoir me joindre à vous chaque fois que vous le souhaiterez. Je suis heureux d'être parmi vous ce soir et de retrouver beaucoup de visages connus et amis.

C'est un plaisir et un honneur de représenter en tant que Président de la Métro les 23 communes qui composent notre agglomération. La Métro comme vous le savez est une communauté d'agglomération. Elle est avant tout une communauté de femmes et d'hommes, une communauté de vie qui fait de cet espace urbain de 375 000 habitants la ville au sens nouveau du terme.

Votre invitation témoigne de l'intérêt que vous portez à la Métro et à l'intercommunalité en général qui s'impose comme un échelon incontournable du développement local.

Nos concitoyens ne s'y trompent pas. Vous êtes de plus en plus nombreux à estimer que l'agglomération tout comme la région et l'Europe sont des niveaux aujourd'hui pertinents pour construire l'avenir. Cette évolution devra nous amener à modifier le mode de désignation des responsables de ces agglomérations qui pourraient en 2007 être élus au suffrage universel direct.

D'une certaine façon la Métro est notre petite Europe dans laquelle les communes seraient les nations, soucieuses de préserver leur identité, de représenter et défendre les intérêts de leurs habitants mais également de développer le bien commun en étant à la fois plus efficaces, plus solidaires et en garantissant aux générations futures un développement durable.

II est du devoir de notre communauté d'assurer les équilibres qui permettent à chaque commune, quelle que soit sa taille ou sa position géographique, de bénéficier de façon juste de son appartenance à la Métro. Ce qui est bon pour la Métro doit être bon pour les communes et réciproquement.

Mais la solidarité qui doit s'exercer entre communes d'un même territoire doit également concerner les habitants.
Dans les quartiers laissés à l'écart des fruits de la croissance les jeunes souvent privés de repères sont des proies faciles pour les extrémistes qui exploitent leur désarroi en les encourageant à exprimer leur violence au nom du fanatisme qui prend les religions en otage.

Vous avez raison Monsieur le Président de dire: "ne confondons pas banlieues, antisémitisme, islam et terrorisme. "Les jeunes souvent issus de l'immigration savent ce que racisme veut dire. Quand il s'agit de trouver un emploi, un logement ou même d'accéder à certains loisirs ils peuvent avoir le sentiment d'être rejetés, humiliés au nom de la différence. Bien des maux dont une communauté peut souffrir, viennent des déséquilibres, des carences, des ségrégations sociales et spatiales créant ici des réserves de nantis, là des ghettos de pauvres et parfois sans qu'on ose toujours le reconnaître ici ou là des poches de misère voire de grande misère où toutes les souffrances se croisent.

Ce terreau du désespoir et de la haine est universel.

Parce que notre agglomération présente à juste titre l'image du dynamisme économique, de la qualité de ses université, de l'excellence de ses pôles de recherche, d'une certaine richesse et du bien-être, elle a le devoir de se mobiliser et d'agir pour que chacun se sente membre à part entière d'une communauté humaine et citoyenne fidèle aux principes républicains de liberté d'égalité et de fraternité.

La République nous aide dans notre diversité à vivre ensemble. C'est bien le principe de laïcité qui nous permet de fonder les relations entre les citoyens tous les citoyens sur le respect mutuel. C'est la laïcité qui nous assure la liberté de conscience et de culte à laquelle chacun aspire légitimement.

Comme vous l'avez rappelé, Monsieur le président, vous partagez " avec la majorité des musulmans de notre pays la même volonté de vivre en harmonie, fraternellement ". Nous soutiendrons cet appel au dialogue indispensable et possible avec la communauté musulmane, avec toutes les communautés.

Je sais la communauté juive attachée aux valeurs fondatrices de la République et je vous remercie Monsieur le président de l'avoir souligné.

La République a le devoir de protéger ses enfants quelle que soit leur origine, quelle que soit leur religion au nom de la laïcité, de la liberté de culte et du droit du sol.

Les atteintes aux personnes, les profanations de cimetières ou de lieux de culte, les graffitis antisémites sont des crimes et des délits qui tombent sous le coup de la loi française.

Cette loi doit être respectée. L'État doit s'y employer avec force, avec une détermination assurée. Sachez que l'élu que je suis s'y emploie et y veillera de toutes ses forces.

Soyons également attentifs à ce qui circule sur les écrans du web où se multiplient les sites néo-nazis.
Au risque de choquer une conception anglo-saxonne du droit et de la liberté d'expression, je suis de ceux qui pensent et qui affirment que tout ne peut pas être dit ou repris en France qui puisse inciter à la haine raciale. Et je suis de ceux qui pensent que c'est une bonne chose. La loi se doit d'être appliquée sans complaisance, ni relâchement. II faut sans cesse que nous luttions contre l'accoutumance, contre l'indifférence, sinon ce serait la certitude de se retrouver insensiblement dans un pays où la démocratie et la liberté n'existeraient plus.

J'ai eu l'occasion Monsieur le Président de vous répondre personnellement sur certains écrits et propos tenus lors de la conférence de Durban. Ils sont inacceptables et donnent la nausée. Ils nous rappellent que de vieilles recettes calomnieuses peuvent réapparaître, vaguement remises au goût du jour, toujours aussi nuisibles. II est de notre devoir collectif de dire la vérité aux jeunes générations pour que jamais ces heures sombres de la bassesse humaine ne soient oubliées.

La mémoire est un devoir, et vous avez raison monsieur le président de souligner l'excellent travail conduit par Michel Benichou et Georges Lachcar sur les spoliations des biens juifs à Grenoble. C'est un remarquable travail de mémoire.

Ce travail indispensable de mémoire et de réparation s'inscrit dans une démarche plus générale voulue par Lionel Jospin, avec notamment la création de la fondation de la mémoire de la Shoah, présidée par madame Simone Veil. Cette fondation permettra pour l'avenir de se souvenir et de tirer les leçons du passé. Dans ce sens, réjouissons-nous également de l'initiative de Jack Lang d'adresser à tous les lycées de France un DVD comportant des extraits de l'œuvre de Claude Lanzmann, Shoah.

Jamais le présent ne doit effacer le passé même si l'actualité nous préoccupe par dessus tout tant elle est dramatique.

Je vous parle au terme d'une semaine terrible au ProcheOrient.

Une de plus. Et de plus en plus sanglante.

On voudrait se convaincre que le pire s'est produit, que la raison va enfin l'emporter.

Mais depuis le 11 septembre chacun sait que le pire n'est pas imaginable sauf par ceux qui font profession de terreur, ceux qui sèment la mort pour faire lever la haine. Le piège de l'engrenage est en train de fonctionner entre le peuple israélien et le peuple palestinien.

Tu me tues, alors je te tue. Faute de savoir-vivre ensemble on meurt face à face.

La vie n'a plus de valeur, seule la mort compte ; celle des siens pour en faire des martyrs, celle des autres pour se venger.
C'est la victoire de l'engrenage qui fait fonctionner la machine infernale.

Cette machine est la négation de la personne humaine. La haine ne voit plus les visages, n'entend plus les cris de douleur, ne croise plus le regard des enfants à qui l'on vole la vie.

Partout le terrorisme doit être combattu. Mais aux attentats aveugles qui tuent des innocents faut-il systématiquement répondre par l'avancée de blindés guère plus sélectifs dans leurs tirs ?

J'ai lu mardi à la une du quotidien Le Monde que des femmes et des hommes, Israéliens et Palestiniens s'étaient retrouvés sur un tas de gravats à l'entrée de Ramallah pour dire leur foi en une paix possible entre ces deux peuples qui ont déjà trop souffert. Cet acte de foi en la paix prouve que tous les Palestiniens ne sont pas complices du Hamas et que tous les Israéliens n'approuvent pas, sans réserve, la politique d'Ariel Sharon.

Que sont devenues les promesses d'Ariel Sharon de garantir la sécurité d'Israël par la force.

En réalité cela fait longtemps qu'Israël n'avait pas été autant menacé qu'aujourd'hui.

Les discours sécuritaires, les propos musclés et les attitudes inflexibles qu'aiment se donner certains responsables politiques quel que soit leur pays peuvent séduire l'opinion publique dans des périodes de doute collectif. Ces attitudes ont souvent pour conséquence d'ôter tout scrupule aux ennemis qui savent que chaque provocation sera suivie de l'effet recherché.

C'est comme cela que se referme le piège sur tout espoir de paix, que la folie meurtrière gagne les hommes de chaque camp.

II est du devoir des autres hommes de ramener à la raison ceux qui sont pris de folie, de les aider à reprendre le dialogue. C'est une lapalissade de dire qu'on ne peut faire la paix qu'avec un ennemi. Mais on oublie souvent cette vérité et il faut donc savoir le faire.

La paix a un prix. Certes pas n'importe lequel. Des accords peuvent porter en eux le genre de nouvelles guerres, mais la paix passe aussi par des concessions réciproques.

Vous avez raison, monsieur le président, de dire que " le conflit israélo-palestinien ne pourra se régler que sur la table des négociations et par l'acceptation mutuelle ". Si chacun accepte de renoncer à une partie de son rêve, alors le rêve de paix ne sera pas inaccessible. Gardons simplement, aujourd'hui et demain, l'espoir que le rêve des uns ne devienne pas le cauchemar des autres.

La position du gouvernement français est constante. Le 1er décembre dernier Lionel Jospin la rappelait devant votre président national.

" Aux palestiniens nous disons qu'Israël a droit à la sécurité dans un Etat aux frontières reconnues. Nous leur disons que leur avenir politique passe par la reconnaissance définitive et sans ambiguïté de ce droit. Nous leur répétons que le terrorisme est inacceptable, que non seulement il ruine les espoirs de paix, mais qu'il dessert leur cause. Aux Israéliens nous rappelons que seule la reconnaissance du droit des Palestiniens à un Etat pleinement souverain peut leur apporter la sécurité et la paix. Que la politique des colonies de peuplement constitue un obstacle à cette paix. Et que toute action visant à affaiblir l'Autorité palestinienne risque de se retourner contre Israël "

Ce qui se passe au Proche-Orient nous concerne tous.

Le temps de ce drame se mesure en vies humaines sacrifiées. Je ne peux pas croire qu'une majorité d'Israéliens et de Palestiniens soit aujourd'hui favorable au drame qui se déroule en ce moment et dont chacun pourrait un jour ou l'autre être la victime. Parce que la force ne résoudra rien, parce que, comme le disait le prophète Samuel "ce n'est pas la force qui fait le vainqueur ", tout doit être fait pour que le retour à la table des négociations soit possible.

II faut dépasser et surmonter la défiance qui existe aujourd'hui. Il est indispensable de rétablir un lien entre le peuple israélien et le peuple palestinien qui n'ont d'autres choix que de coexister. Je souhaite que chacun d'entre nous dans sa diversité porte ce message et que l'esprit des accords d'Oslo souffle à nouveau au proche orient.

II est donc temps de faire la paix, car c'est la seule issue.

Retour accueil , Retour Dīner du CRIF