DISCOURS de Maître MÉDINA Président du CRIF GRENOBLE-ISERE
16 Décembre 2001

 

Je vous souhaite à toutes et à tous la bienvenue à ce deuxième dîner du CRIF GRENOBLE-ISERE.

Ce dîner s'inscrit désormais dans une tradition, constitue une occasion unique d'échanges et de dialogues entre l'organe représentatif du Judaïsme français et la cité.Il y a tout juste quinze jours nous recevions à Paris pour la cinquième année consécutive le Premier Ministre Lionel JOSPIN accompagné d'une partie de son Gouvernement, ainsi que les représentants de tous les partis politiques, exceptée l'extrême droite.

A Grenoble, Monsieur Michel DESTOT Député Maire de Grenoble a eu la gentillesse d'inaugurer cette tradition. Je le remercie très sincèrement pour sa fidélité au CRIF et son amitié pour la Communauté Juive de Grenoble. Je salue également son épouse.
A Grenoble, le CRIF a choisi d'avoir pour invités d'honneurs successivement les quatre têtes de l'exécutif, Maire de Grenoble, Président de la MÉTRO, du Conseil Général et du Conseil Régional, au-delà de toute considération d'ordre politique ou de campagne électorale.

Je remercie Monsieur Didier MIGAUD, Président de la MÉTRO, Député, rapporteur du budget, Maire de Seyssins, d'avoir accepté d'être notre invité d'honneur.A travers vous, nous voulons mettre les Communes de l'agglomération grenobloise à l'honneur.Nous souhaitons également nouer avec vous un dialogue plus nourri, plus constant et plus fructueux.

Le CRIF tire sa légitimité du mandat de représentation auprès des pouvoirs publics que lui ont conféré les associations de la communauté juive de Grenoble.Ces associations, cultuelles ou laïcs, partagent une même sensibilité et des préoccupations communes en matière de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, de préservation de la mémoire, d'attachement à l'existence de l'état d'Israël.

Notre préoccupation première reste cependant une préoccupation citoyenne.

L'attachement aux valeurs républicaines qui nous unissent les uns et les autres, ces valeurs qui constituent les garanties de vie en commun au sein de la communauté nationale.L'attachement à la laïcité qui garantit le respect mutuel et qui permet à chacun de vivre et pratiquer son culte en toute quiétude, sans prosélytisme, sans ghetto ni repli identitaire.La primauté des lois de la république sur toute autre norme cimente cet engagement citoyen, avec ses droits et devoirs pas plus ni moins que les autres citoyens de ce pays.

L'année dernière, je vous avais laissé passer un message d'amertume face à la recrudescence d'attaques antisémites commis à l'encontre des membres de la communauté juive française.Insultes, graffitis, attentats contre des lieux de culte.

Un an plus tard, ces actes n'ont toujours pas cessé.

I1 y a un mois et demi, jour pour jour, le 28 octobre, une école juive a été brûlée à Marseille, une école maternelle, dans la cour de récréation des trous ont été creusés où ont été placés des clous pour blesser des enfants avec une signature connue sur les murs : "Mort aux juifs".

Sur ces cinq derniers mois, plusieurs synagogues ont été attaquées ou incendiées: "CLICHY SOUS BOIS, CLICHY SUR SEINE, MASSY, GARCHES LES GONESSES, VILLEPINTE, STAINS, BASTIA".

Tout ceci dans une indifférence voire une accoutumance.

Un an s'est écoulé et nous commençons à découvrir et cerner le visage de ce nouvel antisémitisme.Il provient de nos banlieues, de bandes de jeunes désœuvrés, peu ou pas intégrés qui vivent en marge de notre société, dans une situation de frustration extrême laquelle bien entendu n'exclut pas ni n'atténue la gravité des actes commis.Il ne s'agit pas pour autant d'un antisémitisme théorisé comme celui du XX ième siècle.

Si nous, juifs français, sommes victimes d'un amalgame, lié à la situation proche orientale, amalgame qui d'ailleurs est loin de nous faire rougir, nous n'y rajoutons pas en réponse un autre amalgame qui lui serait carrément honteux.

Nous ne confondons pas, banlieues, antisémitisme, islam et terrorisme.

Nous partageons avec la majorité des musulmans de notre pays, la même volonté de vivre en harmonie, fraternellement.

Nous avons pour l'essentiel des combats communs à mener contre toutes les formes de racisme, notamment le racisme anti-arabes, la lutte contre les idées d'extrême droite qui peuvent progresser dans le climat actuel.Mais il serait insuffisant d'en rester à ces simples déclarations de principe.

Il existe une minorité agissante qui pose problème, qui siffle la Marseillaise, qui veut saccager des synagogues, qui bafoue nos valeurs communes.Ces jeunes commettent des actes antisémites parcequ'ils sont avant tout "anti" tout court.

La classe politique semble d'ailleurs paralysé par la difficulté et ne trouve pas les réponses adéquates.Pour certains, nombreux, la solution passerait par un surcroît de répression, mais c'est oublier qu'on ne légifère pas pour une minorité car plus de contrainte pour une minorité entraîne moins de liberté pour l'ensemble des citoyens.

Nous n'avons pas à payer collectivement la facture de ces fauteurs de troubles.

Mettons-nous assez en avant, avec force et sans concession, les valeurs qui sont les nôtres ? Et qui ne sont pas négociables.Nos élus font preuve dans ce domaine, à notre sens, d'une trop grande timidité.Certains ont peut-être quelques arrières pensées électorales. Mais à quel prix ? D'autant qu'un jeune qui refuse l'intégration refuse nos valeurs, et par définition ne se rend pas aux urnes.

Lorsqu'en mai dernier le Président syrien, BASHAR EL ASSAD, a prononcé des paroles de haine anti-juive d'une rare violence, le CRIF a demandé aux élus de signer une motion. Il ne s'agissait pas d'impliquer des élus isérois à un quelconque conflit international, mais de donner un signal fort à tous les Grenoblois isérois de tous bords.

Car si le tapis rouge était déroulé à Paris, au pied de BASHAR EL ASSAD, au nom de la raison d'état, nous voulions affirmer que La France ne transigeait pas sur ses valeurs et nous n'étions pas prêts à entendre ici les paroles de haine anti-juive prononcées là-bas.

Peu d'élus ou personnalités sollicités ont refusé leur signature mais certaines et non des moindres se sont fait languir.

Comme disait Albert CAMUS : "Ne pas choisir est déjà un choix".

Je tiens à remercier ici la hiérarchie catholique et plus généralement chrétienne qui s'est tenue spontanément à nos côtés sans sourcilier.

Il appartient également aux musulmans de France de se faire entendre. Certains ont répondu à l'appel car ils ont compris que le combat contre l'antisémitisme était également leur combat.

Le dialogue entre les religions, ici, est indispensable mais il ne doit pas être simplement un dialogue entre religieux. Avec l'association AMAL, nous lançons pour le début de l'année 2002,une initiative de dialogue entre grenoblois de tous bords et de toutes religions, laïcs ou pas, français ou étrangers. Ce groupe qui va prendre le nom de "Grenoble espérance" et a d'ores et déjà reçu le parrainage des autorités religieuses catholiques, juives et musulmanes. Je demande aux élus de nous apporter leur soutien. Il n'y a pas pire risque que le communautarisme et le repli.

Monsieur le Député Richard CAZENAVE m'a rapporté que lors d'une conférence à Science-Po Grenoble il y a un mois, des étudiants ont laissé entendre que l'attentat du WORLD TRADE CENTER serait peut être l'œuvre du complot juif, puisque la chaîne de télévision AL JAZEERA aurait émis cette hypothèse.

Nous courrons en effet le danger de voir s'infiltrer de l'extérieur des idées nauséabondes.

La France doit revendiquer ses valeurs car elles sont universelles comme elle a su assumer son passé.

La Fondation pour la mémoire de la Shoah présidée par Madame Simone VEIL a été installée. Simone VEIL, dont l'emploi du temps est très chargé par sa qualité de membre du conseil constitutionnel en cette fin de mandature législative, n'a pas pu être là ce soir mais elle m'a promis de venir à Grenoble recevoir notre prix Louis BLUM, dans les toutes prochaines semaines.

Notre commission d'enquête communale sur les spoliations des biens juifs présidée par Georges LACHCAR grâce au travail de Tal BRUTMANN et la volonté politique de la ville de Grenoble, toutes tendances confondues et en premier lieu de Michel DESTOT, Iui même est en train de réaliser un travail remarquable de mémoire.

Je veux rendre hommage au Bâtonnier BENICHOU, qui a présidé cette commission pendant trois ans et l'a mise sur orbite.

Grenoble reste fidèle à sa tradition et apporte une nouvelle fois sa pierre à l'histoire. Nous découvrons des pages sombres mais également des graines d'espoir. Ses justes de l'Isère non juifs qui ont sauvé des juifs. Leur nom est gravé à tout jamais sur les murs du mémorial Yad Vashem à Jérusalem.Mais leur nom devrait être gravé ici, car ses femmes et hommes courageux représentent le meilleur de nous même.
Nous avons l'honneur d'avoir dans cette salle Madame Alice PLAN qui a été distingué il y a quelques jours au conseil général par le comité Yad Vashem de Jérusalem. Votre nom, va être gravé sur les murs de ce mémorial aux cotés de noms illustres comme Oscar Schindler. Sachez madame que votre nom est gravé dans nos cœurs. Qui sauve une vie sauve l'humanité, nous vous devons la vie.

Il faut diffuser le récit de ses justes car si exporter nos valeurs est un programme qui peut paraître aujourd'hui trop ambitieux, il faut ériger une barrière à l'importation d'idées d'un autre âge.

Au premier rang de ces idées figurent celles développées à la conférence DURBAN contre le racisme et l'antisémitisme, noyautées par une kyrielle de pseudos ONG à la solde de dictature. Ce forum s'est transformé en Tribunal de haine. D'abord anti-israélien (ce qui n'a rien de scandaleux) puis antisioniste et enfin carrément et violemment antisémite. Martin LUTHER KING avait raison de penser que l'antisionisme était une forme d'antisémitisme moderne.

Ces idées font aussi leur chemin dans notre région.

Comme l'a rappelé le philosophe Pierre André TAGUIEFF lors d'un colloque récent au Sénat, il existe dans notre pays un courant faible d'extrême gauche mais actif de pro-palestinisme exclusif mystico-mystique qui n'est pas autre chose qu'une nouvelle manifestation de judéophobie.

Les manifestations organisées à l'occasion de la visite d'Elie BARNAVI, Ambassadeur d'Israël en France à Grenoble, par une petite poignée d'irréductibles, mais uniques en France, sont une démonstration d'intolérance et de mépris, surtout lorsque l'on connaît l'humanisme et le courage d'Elie BARNAVI.

La scandaleuse mise à l'écart de la délégation israélienne lors de l'expo-science en juillet dernier à Alpexpo Grenoble, par certaines délégations d'Etats invités, avec la complicité passive de l'association organisatrice n'est pas acceptable.

La semaine de solidarité internationale organisée par la ville de Grenoble sans mention de l'Etat d'Israël ni de sa ville jumelle israélienne Rehovot, est une blessure qui a été infligée à tous ceux qui sont attachés à l'existence de l'état d'Israël et en particulier la communauté juive de Grenoble dont on sait qu'elle est à fleur de peau sur ce sujet.

Même si le Maire de Grenoble n'est pas en cause dans cette affaire et je sais qu'il partage notre peine, il n'empêche, nous considérons qu'il s'agit d'un cadeau sans frais offert à ceux qui rêvent de voir l'Etat d'Israël supprimé de la carte du monde.
Ce petit Etat, pas plus grand que deux départements français, le rêve de cinquante générations de juifs persécutés, humiliés, convertis de force, dispersés, cette renaissance miraculeuse du XXè siècle sur la patrie historique avec Jérusalem sa capitale éternelle et unifiée représente l'espoir concrétisé et irréversible de millions de gens.

La présence des juifs sur cette terre n'est pas un événement colonial, postérieur à la seconde guerre mondiale et qui aurait spolié une population autochtone comme une certaine propagande tend à le présenter.

De là, à la fin du XIXè siècle, la population juive était majoritaire à Jérusalem, et je ne vous infligerai pas 3500 ans d'histoire et de présence des juifs sur cette terre.
Ce n'est pas non plus le Goliath surarmé due nous offrent les images et qui nous font oublier la géographie du moyen orient.

N'oublions jamais, pour comprendre, qu'Israël est né des cendres de la Shoah, d'une angoisse de mort comme aucun peuple n'a connu à ses origines.

La majorité des Israéliens souhaitent vivre en paix avec leur voisin palestinien.

Mais ils souhaitent au préalable la sécurité et un interlocuteur fiable, capable de répondre à cette exigence.

Pour cela, il faudra vaincre le terrorisme et le fanatisme.

Depuis le 11 septembre dernier, le monde a découvert ce qu'Israël connaissait déjà depuis des années.

Depuis 1994,Rabin était vivant, Le terrorisme du Jihad Islamique et du Hamas détruit le processus de paix.

Le monde a découvert ses frères siamois avec Ben Laden et son réseau AL QUAIDA, mais nous français le connaissions déjà avec le GIA et ses attentats dans le métro et sa tentative avortée de faire écraser un avion en plein Paris en 1993.

Le processus de paix d'Oslo que nous avons soutenu, devait permettre le retour négocié à la légalité internationale pour permettre à l'état d'Israël de trouver enfin la sécurité et d'être définitivement accepté et aux Palestiniens de trouver dignité et développement.
Il n'y a pas d'autres alternatives encore aujourd'hui.

Ce processus a déjà un acquis : 93 % de la population palestinienne ne vit plus sous occupation. Ce chiffre ramène le conflit et la détresse réelle palestinienne à sa juste mesure.

Les militants des causes humanitaires, les distributeurs professionnels de tracts du pavé grenoblois ont un très large champs d'action pour peu qu'ils élargissent légèrement leur champ de vision.

Il y a moins d'un an, l'autorité palestinienne disait non à l'état qui lui était offert, non à 100 % de la superficie du territoire qu'il lui était rétrocédé, non aux quartiers arabes de Jérusalem.

Quoi de plus ?

Les masques sont tombés : la direction palestinienne n'est toujours pas prête à accepter de manière définitive l'état d'Israël. Elle reste ambiguë dans son engagement contre le terrorisme et contre la haine (article 1 er des accords d'Oslo).

Je vous invite à consulter notre site Internet qui traduit en Français la presse et la télévision palestinienne sous contrôle de l'autorité palestinienne. Vous serez comme moi étonné puis consterné.

Condamner le terrorisme et lui offrir un sanctuaire: il faudra choisir car ce n'est pas compatible.

Les conceptions du partage se sont exprimées. Il y a ceux qui veulent que les Israéliens et palestiniens vivent en voisins (c'était l'esprit d'OSLO), et il y en a d'autres qui rêvent par le retour des réfugiés palestiniens en Israël même, de changer la donne démographique profiter du jeux de la démocratique, unique dans cet endroit du moyen orient, pour intégrer Israël à la ligue arabe comme l'a laissé échapper dans un sursaut de lucidité le Colonel KHADAFI.

Alain FINKELKRAUT a bien résumé la position de l'autorité palestinienne : elle veut un chez soi et un autre chez soi mais chez l'autre.

Israël ne se laissera pas prendre à ce piège subtil mais mortel.

Les réfugiés palestiniens doivent revenir, s'ils le souhaitent, mais en territoire palestinien.

Le conflit Israélo-palestinien ne se réglera pas par la force mais sur la table des négociations et par l'acceptation mutuelle. Comme l'a dit Elie BARNAVI, chacun devra accepter de renoncer à une partie de son rêve.

Le gouvernement d'Israël n'est certainement pas infaillible, la situation est si complexe, mais renvoyer les parties dos à dos avec des torts partagés nous parait profondément injuste.

Aucun compromis n'est possible avec le terrorisme. I1 s'agit d'une question de survie, pour les israeliens, pour les Américains, pour nous français, pour les occidentaux en général mais également pour les musulmans du monde qui sont souvent les premiers à subir le terrorisme.
Les récents attentats kamikazes de Jérusalem qui ont fait 30 morts (2000 morts à l'échelle des Etats Unis) n'ont pas frappé un territoire disputé, ni des militaires ou des militants mais des jeunes de 15 à 20 ans le samedi soir dans le quartier des restaurants, cafés et boites de nuits.

Ce terrorisme, qui trahi le message de paix de l'Islam, n'est pas mû par le désespoir mais au contraire par l'espoir d'accéder plus vite au paradis et ses délices d'orgies annoncées.

Ce terrorisme n'a aucun programme politique sinon détruire le mode de vie occidental. Il nous vise à tous, il vous vise.
C'est ce qu'ont voulu affirmer les nombreux grenoblois qui se sont rassemblés le 5 décembre dernier, à notre appel, Place Félix Poulat.

Le peuple juif ne veut ni n'aime souffrir, pas plus qu'il ne veut infliger la souffrance.

Si le peuple "élu" veut être conforme à sa mission, il doit considérer que tous les êtres humains sont élus et que toute vie est sacrée.

Le judaïsme est un hymne à la vie, la victoire de la lumière sur les ténèbres.

Les juifs du monde fêtent en ce moment Hannouka symbolisé par l'allumage de lumières durant huit jours, symbole de la lutte des juifs en l'an 165 avant J.C. pour défendre leur spécificité religieuse cultuelle et politique face au pouvoir grec.

Pour purifier le temple de Jérusalem, les juifs n'ont trouvé qu'une minuscule fiole d'huile, qui miraculeusement a duré huit jours. La lumière a alors triomphé des ténèbres.

En conclusion, je voudrais vous faire partager, sans prétention, un commentaire talmudique et cabalistique de la Genèse.
Adam, image de Dieu fut d'abord homme et femme à la fois.

Le pêché a multiplié les hommes et les a divisé.

Vingt siècles avant Jésus, les hébreux disaient déjà : "L'opprimé est ton frère, le pauvre est ton frère, l'étranger est ton frère".
Si Dieu est unique, l'homme est unique. L'unité humaine est un article de foi.

Il est dit dans le Talmud : "Quiconque est miséricordieux envers son semblable, descend d'Abraham".

Malgré nos angoisses et nos craintes, nous restons résolument optimistes.

Cet optimisme est tiré de nos textes sacrés : Car si nous nous posons de multiples questions sur le sens de la vie nous avons cependant une certitude : celle de savoir que nous suivons tous le même chemin celui de l'unité, de la lumière et de la paix.

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