DÎNER DU CRIF 2000

Discours de M. Jean-Luc MEDINA, président du CRIF section Grenoble-Isère

 


Monsieur le Député Maire,
Monsieur le Député,
Messieurs les Rabbins
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mes chers amis,

Retour accueil
 
Je suis très heureux de vous accueillir pour le premier dîner du CRIF GRENOBLE ISERE, après le 15ème dîner du CRIF National qui s'est tenu le 4 Novembre dernier en présence de Monsieur Lionel JOSPIN, Premier Ministre et du 3ème dîner du CRIF LYON du 30 novembre dernier qui avait pour invité d'honneur Monsieur Raymond FORNI, Président de l'Assemblée Nationale, je vous remercie Monsieur le Député Maire, Michel DESTOT, d'avoir aimablement répondu à notre invitation et d'être à votre tour notre invité d'honneur .

Je dois vous avouer que pour une première à Grenoble, je suis impressionné par la qualité de l'auditoire et par le nombre des présents. Je dois vous l'avouer ,nous avons été un moment dépassé et nous sommes le triple par rapport à ce que nous envisagions. Au niveau national nous avions commencé en 1985 avec 100 invités, nous sommes pour une première 150.

J'ai un regret : nos quatre sénateurs. Ils n'ont sans doute pas compris l'enjeu, et il est vrai que nous n'avons rien fait pour, ils ne sont pas à la hauteur de la prestigieuse institution qu'est le sénat et de son Président Christian PONCELET qui était avec nous le 4 Novembre dernier.

Je voudrais saluer plus particulièrement ma famille, je veux dire ma famille professionnelle.

Tout d'abord nos jumeaux de la justice ,je remercie Monsieur COUTIN Président du Tribunal de Grande Instance de Grenoble qui a spontanément et sans hésiter accepté notre invitation. Vous rehausser cette soirée de votre présence.

Mon Bâtonnier Pascal EYDOUX. Sa présence m'honore. Merci Mon cher Bâtonnier, Merci Pascal.

Je salue également le Bâtonnier GIRARD qui m'avait fait l'honneur, au nom de mon Barreau, de me faire prononcer lors de la rentrée solennelle en 1998,le discours commémorant les 150 ans de l'abolition de l'esclavage et le 50ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'Homme.


Dans cette famille professionnelle, il y a la famille proche, celui qui m'a guidé et donner les premiers tuyaux lorsque j'étais avocat stagiaire: Michel BENICHOU,je devrais dire notre Michel BENICHOU,le Bâtonnier des Bâtonniers, Président de la conférence des Bâtonniers. Merci d'être ici ce soir avec Martine pour ce premier dîner.

Le CRIF a un nouveau bureau exécutif depuis le 18 Septembre dernier. Au dynamisme de Jacques THIAR,au dévouement sans borne d'Henry ETTINGER,ont succédé un mélange d'expérience, d'intelligence et de minutie : Claude KRIEF,Gilles ELKAIM et Jean DAVID.

Mais le CRIF ne serait pas le CRIF sans son Président sortant, notre Président d'Honneur Georges LACHCAR. Georges ,sans toi ce dîner n'aurait pas eu lieu, sans toi je ne serais pas à cette tribune. Tu as imprimé pendant 15 ans une marque indélébile, celle des valeurs du judaïsme, de l'éthique, de l'honnêteté, de la droiture et de la générosité.

Le dîner du CRIF est l'occasion d'un échange respectueux mais sans complaisance ni concession avec le premier Magistrat de notre ville.

GRENOBLE, capital des Alpes et du Dauphiné, ville refuge pour les juifs durant la seconde guerre mondiale, ville qui a accueilli bon nombre de nos coreligionnaires d'Allemagne, Tchécoslovaquie, Autriche, Pologne qui fuyaient l'avancée Nazi.

La présence des juifs en Isère ne date de la deuxième guerre mondiale.

La première trace dans les archives remonte à l'an 190 lorsque le Pape Victor écrit à l'évêque de Vienne pour lui interdire de célébrer la Pâque avec les juifs.

Les archives municipales de GRENOBLE font mention pour la première fois des juifs en 1774 lorsque les fripiers de la ville adressent une requête au Parlement du Dauphiné pour se plaindre de la concurrence déloyale menée par les juifs à l'occasion des foires et marchés.

Nous connaissons la suite, notamment l'œuvre de ROUSSEAU, MIRABEAU, de l'ABBE GREGOIRE, et des autres qui permet aux juifs d'accéder enfin à l'égalité et à la complète citoyenneté en septembre 1991.


La première Association Juive Cultuelle recensée, remonte à 1927 avec la création de l'Association Cultuelle Israélite de GRENOBLE, présidée aujourd'hui par Monsieur Charles MALKA.

Monsieur le Député Maire, vous connaissez parfaitement la communauté juive de GRENOBLE et le CRIF.

Le terme de communauté est d'ailleurs un terme de convenance, impropre, nous sommes des citoyens de confession, de culture, d'origine juive qui exprimons une certaine sensibilité. Le terme de communauté est plutôt réserver aux synagogues, dans leur dimension spirituelle de recueillement.

Vous avez su, Monsieur le député Maire, comme votre prédécesseur, tisser des liens étroits avec les dirigeants de cette communauté.

Le CRIF est une fédération qui regroupe l'ensemble des associations de la communauté Juive de GRENOBLE, il les représente auprès des pouvoirs publics.

Son cœur est constitué par les trois synagogues affiliées au consistoire central et présidées par Messieurs MALKA ,ATTIA et Claude BENICHOU.

Sur le plan spirituel, cette communauté est dirigée par ses deux rabbins, Messieurs LEVY BENCHETON et SHOCHANA dont la présence ce soir est un grand honneur pour nous.

Mais cela fait longtemps que la communauté juive ne se limite plus à la religion.

Vous connaissez le centre culturel juif situé 6 rue Jay à GRENOBLE, et sa journée traditionnelle et annuelle du livre, le BNAI BRITH de GRENOBLE dirigée par Maurice GNANSIA qui a organisé avec le succès que l'on connaît le 3 septembre dernier la journée Européenne du patrimoine juif, la WIZO, cette organisation prestigieuse de femmes dont la Présidente d'honneur est Simone VEIL, présidée à GRENOBLE par Madame Françoise GELBART et sa déclinaison printanière, la WIZO AVIV créée récemment par Nathalie BEIZERMANN,vous connaissez radio KOL HACHALOM de Patrick BRUTMANN qui fournit un travail essentiel pour le pluralisme de la presse à GRENOBLE, le Cercle Bernard LAZARE, de Michèle GANEM inséparable d'Edith ABERDAM et son immanquable festival annuel de musique et Théâtre Juif.


Je ne peux bien évidemment citer toutes les associations, le CRIF est riche de cette diversité et l'apport d'Associations telles que la communauté juive libérale du Docteur Bernard COHEN, l'Association LOUBAVITCH et l'Association pour un judaïsme pluraliste du Docteur JURKOVITZ, participent à cette richesse.

Le CRIF doit rechercher dans cette diversité l'expression de l'unité.

Vous en conviendrez, c'est un exercice difficile et périlleux qui confère à l'impossible. il faut laisser parler ses propres convictions.

Car nous avons une longue tradition d'agitateur d'idées, nous aimons par dessus tout bousculer l'ordre établi.

D'Abraham, de Moïse à Jésus et dans ce siècle, de Freud, Marx, ou Einstein, tous ont quelque part, à leur façon, bousculé l'ordre, accéléré l'histoire.

C'est une constante du judaïsme, être en avance sur son temps avec la contre partie d'être souvent incompris, et de donner parfois une fausse impression d'être sûr de soi et dominateur comme l'a malencontreusement dit un jour le Général de Gaules.


Car en effet, instaurer le repos hebdomadaire à l'époque des pharaons, prônez l'abolition de l'esclavage à l'époque de la domination Romaine, enseigner les dix commandements à SODOME et GHOMORRE, 3000 ans avant SOS Racisme, porter le message inscrit dans la Bible au chapitre de l'exode:

"N'humilie pas l'étranger car tu as été étranger en Egypte, ni l'opprimé, la veuve ni l'orphelin".

Mettre en place dès Moïse le concept de démocratie biblique, prélude de la démocratie athénienne.

S'il fallait expliquer le judaïsme en un mot, comme Hillel, un siècle avant notre ère, je dirais :

"Ne fais pas à autrui, ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse à toi même."

Le but de la bible n'est pas de judaïser l'humanité, certainement pas, mais de l'humaniser.

C'est notre message. C'est notre éthique.


Le prix payé a été lourd, très lourd.

Mais nous avons la satisfaction de constater que notre civilisation est empreinte de ses valeurs.

De façon plus ou moins consciente, nos civilisations ont puisé dans ce vivier.

La déclaration des droits de l'homme de 1789 n'a-t-elle pas été inscrite sur un support qui ressemble à s'y méprendre aux tables de la loi de Moïse.

Les principes de l'état républicain ne sont pas en opposition avec ce patrimoine, bien au contraire.

Monsieur le Député Maire, vous connaissez notre sensibilité, l'attachement à Jérusalem et à l'état d'Israël, et notre combat sans merci contre le racisme et l'antisémitisme, notre engagement pour l'éducation et le progrès social.

L'attachement de la communauté juive à ISRAEL a une origine à la fois biblique et historique.

Sur le plan biblique, ISRAEL est la terre promise, la terre rêvée, celle que Moïse va simplement apercevoir, celle qui mène les hébreux de l'esclavage à la liberté.

Sur le plan historique, ce sont deux expériences douloureuses de destruction.

Un royaume qui a vécu 5 siècles, avec Jérusalem pour capital, détruit par les Babyloniens avant même la naissance du Christianisme et de l'Islam.

La deuxième expérience d'indépendance avec toujours Jérusalem pour capital a été avortée, cette fois par les Romains.

Et puis pendant 19 siècles, des tentatives rêvées de revenir sur cette terre, et une présence constante ,sans aucun renoncement malgré les expulsions, les brimades et les conversions forcées, jusqu'à l'horreur des horreurs du XXème siècle, la Shoah, cette tragédie qui aurait pu être évitée si l'état d'ISRAEL existait.

Aujourd'hui l'existence de cet état est notre engagement, c'est l'engagement du monde occidental, c'est surtout l'engagement de la fidélité à l'histoire, la fidélité envers ceux des nôtres qui ont tant souffert.


Monsieur le Député Maire, vous êtes vous même très attaché à l'existence de l'état d'ISRAEL et vous le savez, nous sommes très inquiets.

ISRAEL vit en ce moment sa sixième guerre, sans doute la plus difficile.

Nous avions pourtant tant cru en ce processus de paix initié à OSLO.

Le CRIF a soutenu dès la première heure, cette poignée de main entre Y. Rabin et Y. Arafat, scellant la reconnaissance mutuelle.

Nous avons cru que ce processus entraînerait la confiance et faciliterait le compromis.


En Juillet dernier, à Camp David, le compromis proposé par les Américains, Parrain du processus, prévoyait une souveraineté, donc un état Palestinien sur l'essentiel des territoires avec AL QODS pour capital, les quartiers Arabes de Jérusalem. Avancée inimaginable !

En digne héritier de Rabin et en allant sans doute plus loin, Ehoud BARAK a accepté ce compromis;

Après sept années de processus, souvent marqués par des parties de poker menteur, au moment où l'heure de vérité devait sonner, Arafat a rejeté ce compromis en perdant au passage le soutien de la communauté internationale, nous étions en Août 2000.

Voilà ce qu'écrivait notre ami Robert COHEN TANUDJI, ancien Président de l'Association Cultuelle Rachi de GRENOBLE dans sa revue "LE LIEN" du 21 Août 2000, je dis bien 21 Août 2000 :

"Le plan dévastateur d'Arafat de proclamer l'état dès le 13 Septembre en provoquant une énorme flambée de violence où seraient sacrifiés sur l'autel de JERUSALEM EST nombre d'enfants Palestiniens en martyr de l'indépendance , fait long feu". Fin de citation.


Nous connaissons la suite, ce projet n'a bien évidement pas fait long feu.


Nous avons été bouleversés, meurtris par la mort d'enfants Palestiniens et notamment par cette image de cet enfant Palestinien tué dans les bras de son père.

Peu importe si toutes les enquêtes, même les plus scientifiques n'arrivent pas encore aujourd'hui à identifier l'origine de la balle Israélienne ou Palestinienne, peu importe si les images ne cadraient pas les échanges de tirs de part et d'autre, la mort d'un enfant quelles qu'en soient les raisons est insupportable.

Nous ne connaissons pas cette conception du martyr.

Il est écrit dans le Talmud que celui qui sauve une vie sauve l'humanité toute entière.

Nous sommes consternés par les morts qui tombent tous les jours, et par ces bombes aveugles qui visent aussi des enfants Israéliens.

Sans analyse, et en émotion uniquement, au début du conflit nos médias nationaux ont affiché clairement leur sympathie.

Souvent, cette sympathie a dégénérée en désinformation comme ce quotidien national, un exemple parmi tant d'autres, qui présente une photo d'un Palestinien au visage ensanglanté à côté d'un militaire Israélien alors qu'il s'agissait ce visage ensanglanté était celui d'un étudiant Juif-Américain poursuivant ses études à Jérusalem.

La politique étrangère de la France a également suivi cette pulsion de sympathie et avec une certaine maladresse la France qui a un rôle important à jouer dans cette région est sortie du jeu diplomatique nous l'espérons de façon momentanée.

Ce sentiment de sympathie pour la cause Palestinienne du fait de cette guerre des images, n'est pas pour nous étonner.

Une armée puissante face à des enfants à mains nus ?

Nous voyons aujourd'hui ce que les images ne cadraient pas alors : des policiers et miliciens Palestiniens mêlés aux lanceurs de pierres face à une armée qui ne peut utiliser sa puissance aussi bien sur le plan stratégique que sur le plan de l'éthique.

Nous comprenons également la grande frustration des Palestiniens.


La frontière entre ISRAEL et l'autonomie Palestinienne n'est-elle pas la seule frontière qui existe entre le tiers monde et le monde industrialisé.

Mais il est de notre devoir, de votre devoir, de demander des comptes au leadership Palestinien sur l'utilisation de la colossale aide internationale, Européenne et Française pendant les sept années d'autonomie.

Où est passé notre argent ? Comment se fait-il que la seule réussite économique Palestinienne se résume à la construction du Casino de Jéricho.

Comment se fait il qu'une partie de cette aide, surtout européenne ait servi à la mise en place de programmes éducatifs inspirés des thèses de Roger GARAUDY,qui en France tomberait sous le coup de la loi .

Oui, ceux qui souffrent de la misère sont plus sympathiques, mais ils ont surtout le droit de profiter pleinement de la manne financière d'aide internationale.


Enfin, la révolte Palestinienne repose sur une revendication qui semble légitime: un état indépendant.

Le peuple Israélien a accompli sur ce sujet une révolution psychologique que la situation actuelle tend à détruire.

Le Gouvernement d'ISRAEL n'a pas rejeté cette revendication, bien au contraire.

Mais il y a comme une malédiction, à chaque fois que des avancées significatives ou décisives sont sur le point d'aboutir, les extrémistes se déchaînent.

Rappelez-vous Shimon PERES en 1996, laminé par les attentats puis battue aux élections par Benjamin NETANYAOU.

Paradoxalement, Benjamin NETANYAOU ramène le calme et transfert à l'autorité palestinienne la ville de HEBRON, 2ème ville sainte du judaïsme où sont enterrés nos patriarches Abraham, Isaac et Jacob.

La frontière du camp de la paix ne passe pas forcément entre la droite et la gauche Israélienne.

L'entreprise actuelle est du même acabit, elle vise à détruire le processus de paix.

Je ne peux pas croire qu'un Gouvernement mené par Ehud BARAK, où siège Shimon PERES comme Ministre ne soit pas décidé à la paix des braves.

Je ne veux pas croire que Yasser Arafat ait abandonné Oslo pour laisser les clés du processus ,aux mains de Hamas et du Djihad Islamique dont les chefs emprisonnés ont été relâchés des prisons palestiniennes avec une complaisance coupable.

Il est temps de revenir à la table des négociations, le peuple palestinien a droit à la liberté et à la dignité, le peuple Israélien à la paix et à la sécurité.

Une importante délégation de la communauté juive de GRENOBLE s'est rendu en ISRAEL au mois de Novembre dernier pour exprimer sa solidarité avec le peuple d'ISRAEL.

Des voyages se succèdent. Des élus de notre pays, amis d'ISRAEL ont également fait le déplacement fin Novembre ainsi qu'une mission parlementaire composée des groupes d'amitiés FRANCE-ISRAEL et FRANCE-PALESTINE.

Il est important, dans ces moments, de se rendre sur place ne serait-ce que pour comprendre.

La communauté juive est fière de ce qu'ISRAEL a accompli pendant 52 ans.

Sa démocratie vivante, sa technologie qui place ce petit pays pas plus grand que deux départements français au premier rang mondial, ce refuge pour les juifs du monde entier, d'Afrique du Nord, d'ETHIOPIE, de l'ex URSS, et encore récemment du KOSOVO et de SERBIE.

Le peuple du livre est resté le peuple des livres, premier pays au nombre de livres par habitants.

Mais il n'est pas parfait, il lui reste d'énormes choses à accomplir et surtout l'essentiel : la paix pour vivre en paix, et démultiplier plus encore son énergie créatrice.


Monsieur le député Maire ,Les grenoblois s'intéressent-ils à JERUSALEM ?


Le 17 octobre dernier, dans l'hebdomadaire Les Affiches de GRENOBLE et du Dauphiné, Paul DREYFUS titrait son billet : "si je t'oublie Jérusalem".

Une solution est suggérée dans ce billet qui consisterait à reprendre le plan du Pape Paul VI de 1967 qui propose de confier la responsabilité des lieux saints à ceux qui les vénèrent (Juifs, Musulmans et Chrétiens) et la protection du libre accès des lieux saints à l'ONU ou à un conseil de juristes internationaux.

Vénéré par les trois religions monothéistes, JERUSALEM fait l'objet d'une obsession unique dans le judaïsme.

JERUSALEM revient dans tous les offices de la liturgie juive et est citée près de 2000 fois.

JERUSALEM exprime une existence historique.

Pour le juif religieux, elle possède une dimension religieuse, elle trouve une formulation laïque pour le juif laïc.

C'est un sujet de consensus.

L'idée d'internationalisation, est généreuse mais elle date de 1967.

Or, depuis Juin 1967, JERUSALEM a été réunifiée sous souveraineté Israélienne.

Désormais, les lieux saints sont gérés en toute autonomie par les autorités religieuses qui assument pleinement et les questions d'accès.

Les mosquées d'Omar et El Aqsa sont gérés par le WAKF autorité religieuse musulmane;

Depuis 1967, les juifs peuvent enfin à nouveau accéder à leur premier lieu saint et prier au mur des lamentations.

La liberté d'accès est totale.

Monsieur le Député Maire, vous vous êtes rendus à JERUSALEM en 1997 et vous aviez aimablement invité à votre voyage mon prédécesseur, Georges LACHCAR.

Vous avez accédé aux différents lieux saints sans difficulté, personne ne vous a réclamé vos papiers d'identité, vos opinions politiques, votre religion.

Il vous a suffit de passer par un simple portillon de sécurité.

Vous pouvez le dire, il est plus facile aujourd'hui d'accéder aux lieux saints à JERUSALEM que d'emprunter un avion de ligne intérieur.

Paradoxalement, la dernière personne dont l'accès a soulevé la polémique est un israélien qui se rendait sur ce qui correspond pour nous, au mont du temple, premier lieu saint du judaïsme et qui se trouve être aussi pour les musulmans l'esplanade des mosquées.


Il s'agit d'Ariel SHARON.

Le WAKF, la hiérarchie religieuse musulmane a été dans cette affaire irréprochable, elle a autorisé la visite d'Ariel SHARON, comme elle autorise tous les jours l'accès des juifs au mont du temple ou à l'esplanade des mosquées.

La rue palestinienne, elle, s'est sentie provoquée dans le contexte particulier de l'échec des pourparlers de Camp David.

Ceux qui militent pour l'accès total et libre au lieu saint sans distinction de religion, d'opinion ne doivent pas se laisser entraîner sur le débat sur la personnalité ou les opinions de Monsieur SHARON.

Aucune autorité politique ne sera jamais habilité à encadrer une autorité religieuse aussi prestigieuse soit elle.

Il faut laisser la religion à sa hiérarchie.


En revanche, sur le plan politique, les questions de souveraineté à JERUSALEM ne concernent que les 600.000 habitants de JERUSALEM, 400.000 Israéliens et 200.000 Palestiniens.

Ceux qui aiment JERUSALEM ne veulent pas la diviser à l'aune du XXIème siècle.

JERUSALEM ne sera pas BERLIN. Il n'y aura ni mur, ni barbelé à l'intérieur de cette ville.

Sous souveraineté israélienne, toutes les autorités religieuses jouissent d'une autonomie totale.

Cette garantie : seule une démocratie peut l'offrir.

JERUSALEM doit rester unifier, capital de l'état d'ISRAEL.

C'était le projet intelligent concocté par les américains et les palestiniens y trouvaient tout leur compte.

Beaucoup d'hommes politiques français, de droite comme de gauche, partagent cet avis.

Certes, peu l'affirme publiquement.

Je souhaite rendre ici hommage à Monsieur le Député Richard CAZENAVE qui a eu ce courage. La communauté juive de Grenoble et le CRIF n'oublieront pas les propos qu'il a tenu lors des festivités commémorant à Grenoble en Mai 1998 le 50ème anniversaire de l'Etat d'Israël.


Et ,lorsque la démocratie avancera dans la région, lorsque les mentalités évolueront, lorsque le Moyen Orient abandonnera le boycott pour se joindre avec ses propres spécificités aux mouvements d'échanges, les questions de frontière et de souveraineté se poseront avec moins d'acuité.

Le concept de souveraineté ne date-t-il pas seulement du XVème siècle ?


L'Europe vit ce mouvement, Bruxelles est à la fois la capitale de la BELGIQUE, de l'EUROPE.

Nous nous sommes, nous Français, battus pour que STRASBOURG l'emporte.

Demain, dans un Moyen Orient nouveau, démocratique, un jour viendra où JERUSALEM restera sans contestation la capitale d'ISRAEL,la capitale du Moyen Orient et de tous ceux qui le désirent lorsque ceux qui l'aiment et l'a vénèrent voudront partager l'universalité de ses valeurs.

Monsieur le Député Maire, nous ne réglerons certainement pas le conflit du moyen orient sur les berges de l'Isère mais nous pouvons prendre des mesures symboliques. Pourquoi ne pas dédier une rue de notre ville à Y Rabin, l'homme quia réunifié Jérusalem, l'Homme de paix, l'homme assassiné par un extrémiste juif.

Quel beau symbole pour notre ville, pour la paix ,contre l'extrémisme.

Cela m'amène à nos affaires grenobloises.

Notre pays à vécu un mois d'Octobre sombre, noir.

Plus de 100 attaques antisémites contre des synagogues, des écoles juives, des commerces.

A Paris, le 7 octobre, on a entendu des cris de "mort aux juifs" dans une manifestation pro-palestinienne où figuraient pourtant dans le cortège des associations de lutte contre le racisme.


A moins de 100 kms de GRENOBLE, des fidèles sortant des synagogues ont été agressés et se sont réfugiés dans des fourgons de police.

A GRENOBLE et dans l'Isère, on a déploré des insultes, des lettres anonymes, des graffitis antisémites.

Les premières enquêtes ont démontré qu'il ne s'agissait que d'actes isolés de délinquance.

Comme on a brûlé le gymnase du quartier Villeneuve à GRENOBLE, on s'est attaqué aux synagogues.

Il n'en demeure pas moins que dans ces cas précis, il s'agit d'actes à caractère antisémites.

Ces actes sont aussi inqualifiables que l'indifférence qu'ils ont suscité dans notre pays et dans la classe politique locale.

Les Associations antiracistes sont restées muettes.

Une, une seule Association est restée digne de ce que l'on peut attendre d'une Association antiraciste : il s'agit de SOS RACISME que je tiens à féliciter.

Nous avons l'honneur d'avoir ici ce soir à Grenoble, Monsieur Mamadou GAYE, Membre du Bureau national de SOS RACISME qui a fait spécialement le déplacement de Paris. Au moment ou notre pays a dérapé, son association a eu cette réaction, cette flamme du juste.

C'est un grand moment pour nous ,pour notre cité, un beau symbole, d'accueillir à ce dîner un membre important sur le plan national de SOS RACISME .

La communauté juive a été blessée, elle s'est senti seule, mais également rassurée par nos rencontres avec Monsieur SAUGEY, Président du Conseil Général, Monsieur Max MICOUD, Messieurs les Députés CAZENAVE et MIGAUD.

Monsieur le Député Maire, vous avez vous-même pris l'exacte mesure de la gravité de la situation.

Nous nous sommes rencontrés le 20 octobre dernier, et vous avez tenu des propos qui vous honorent, qui honorent la ville de GRENOBLE et tous les grenoblois.

En terminant cet entretien, je vous ai indiqué que vous m'avez redonné la fierté d'être grenoblois.


Vous avez tenu à me faire rencontrer les différents groupes de votre conseil municipal.


J'ai rencontré Monsieur GLEYZAL pour le partie socialiste, Monsieur MONNARD, pour le partie communiste.

L'opposition était là par l'intermédiaire de Messieurs BETTO et Jacques THIAR, l'inclassable Jacques THIAR, qui peut sérieusement imaginer aujourd'hui un conseil municipal de GRENOBLE sans Jacques THIAR ?


J'ai profondément regretté l'absence de vos autres partenaires de la majorité municipale.

Aucune question d'agenda ni calcul politicien ne peuvent légitimer ou excuser cette absence.

Il auraient pu d'ailleurs se soir se ressaisir. Ils ne l'ont pas fait non plus. c'est inquiétant....

Le combat antiraciste est un combat noble. C'est aussi un combat pour la laïcité.

Nous sommes profondément attachés à la laïcité parce qu'elle garantit la liberté de culte.

Ceux qui ont consciemment ou inconsciemment flirté avec des thèses racistes ont sali la république et devront lui rendre des comptes.

Notre pays n'est jamais aussi beau que lorsqu'il se redresse et il se redresse toujours.

Nos amis musulmans le savent, ceux qui ne s'élèvent pas contre les attaques de synagogues ne le feront pas demain pour les mosquées.

Il est inacceptable d'avoir vu lancer dans notre pays des appels au boycott d'artistes français parce qu'ils sont juifs, que des fatwas aient été lancés contre des organisateurs de manifestations culturelles.

Je salue l'action de la LICRA dans cette affaire qui a saisi la justice de notre pays.

Monsieur le Député Maire, nous entrons dans une période de campagne électorale municipale.


Le CRIF n'est pas un lobby dans le sens où il ne présente pas de candidats, il ne les soutient pas non plus, il ne les finance pas. La communauté juive organisée n'est pas un parti politique, qu'on se le dise!

C'est contraire à notre conception de la république.


En revanche, nous rencontrerons les différentes têtes de listes non extrémistes de notre Département et nous demanderons à certains de clarifier leur position par rapport à certaines alliances et au combat contre le racisme et l'antisémitisme.


Nous vérifierons également, dans les listes de la droite modérée, si ne figurent pas des personnalités proches du Front National ou du mouvement national recyclé, en quête de respectabilité.

Dans un passé très proche, nous avons été trahi dans notre région par un de nos meilleurs amis.

L'historien Marc BLOCH disait : "l'incompréhension du présent naît fatalement de l'ignorance du passé".

Il rajoutait également : "Il est vain de s'épuiser à comprendre le passé si l'on ne sait rien du présent".

Sur les 75.000 juifs déportés de France, 73.221 hommes, femmes et enfants ne sont jamais revenus.

La société française a accepté avec beaucoup de sérénité que soient dévoilées les pages sombres de son passé.

Une mission d'étude sur les spoliations a été instaurée par l'ancien premier Ministre Alain JUPPE dont le rapport a été rendu publique en Avril 2000.


Les conclusions de la mission nationale d'étude ont démontré l'ampleur du pillage économique : les industriels privés de leur outil de production, les commerçants aux boutiques fermées ou administrées, les artisans empêchés de travailler, les avocats et médecins interdits d'exercer, les enseignants chassés de leur cours.

Pour le reste, une des spécialistes de la spoliation qui a travaillé sur les archives, Madame Annette WIEWORKA a démontré que finalement l'administration de VICHY avait produit une immense paperasserie pour spolier des gens qui pour la très grande majorité d'entre eux étaient misérables.

L'inflation de papier a coûté plus chère à l'administration que le produit des spoliations.

Les juifs français aisés peu nombreux, les Rothschild, ou les Lévitan ont pu eux, récupérer leurs biens peu de temps après la libération.


Le Gouvernement de la France vient de prendre un certain nombre de mesures.


Monsieur le Député Maire, à la demande du CRIF, votre municipalité a institué une commission d'enquête sur les spoliations dans notre Département dont la présidence a été confiée à votre adjoint le Bâtonnier Michel BENICHOU.

Cette commission grenobloise n'a pas encore rendu son rapport.

A l'unanimité, le 23 octobre dernier, sous les yeux de notre vice-Président Claude KRIEF, tous les groupes de votre Conseil Municipal, oui, tous les groupes ont décidé d'allouer les moyens nécessaires à cette commission pour qu'elle puisse recruter un historien et achever ses travaux.

Nous avons une entière confiance en Michel BENICHOU, nous savons qu'il fera tout pour que cet important travail soit achevé rapidement.

Le CRIF ne réclame pas le moindre centime d'indemnisation face à "l'irréparable", il ne s'autorise ni à pardonner, ni à recevoir quelque compensation.


La dette imprescriptible n'a pas de prix.


"Ni rire, ni pleurer, comprendre" : disait SPINOSA.

Nous voulons également retenir le meilleur de cette période, ces hommes et femmes, dans un monde dominé par les lâches et les traîtres qui n'ont pas hésité à sauver des vies : les justes.

Nous voulons penser aussi à l'avenir à notre ville Grenoble et participer pleinement à son rayonnement.

Monsieur le Député Maire, la ville de GRENOBLE est jumelée avec la ville Israélienne de REHOVOT.

Nous souhaitons que les échanges avec cette ville s'intensifie.

Ce comité de jumelage était présidé par notre cher ami et regretté Louis BLUM.

La communauté juive de GRENOBLE doit beaucoup à cet homme de science et culture, trop rapidement disparu.

Nous remettrons tout à l'heure à sa mémoire, le premier prix Louis BLUM du CRIF et du Bnaï Brith à une personnalité qui se sera distinguée par ses prises de position et aura fait avancer nos valeurs communes.

Puisque nous abordons les échanges interculturels, intercommunautaires, vous connaissez notre attachement au dialogue avec nos compatriotes musulmans ou avec les associations d'immigrés d'Afrique du Nord.

Il n'y a entre nous aucun conflit, ni théologique, ni politique.

C'est même en réalité le dialogue le plus facile.


Lorsque la famille du Président DAOUD de l'Association ALIF, a subi des attaques racistes, le CRIF était présent pour manifester.

Monsieur le Député Maire, vous avez encouragé dès votre arrivée à la Municipalité de GRENOBLE ce type d'échange.


Il y a aujourd'hui un bilan : le travail accompli par Georges LACHCAR et Hakim BELHADJ que je salue, est immense.

Je les encourage à poursuivre.

Beaucoup d'entre nous sont originaires d'Afrique du Nord, ils ont apporté à notre communauté ce côté chaleureux, ils l'ont coloré, tous ont gardé pour le MAROC, l'ALGERIE ou la TUNISIE une grande nostalgie et une tendresse infinie.

GRENOBLE est aussi jumelé aux villes de SFAX et de CONSTANTINE.

Nous souhaiterions également prendre notre part dans ses échanges.

GRENOBLE est également jumelé à la ville Autrichienne d'INNSBRUK.

Vous aviez gelé ce jumelage avec l'arrivée au pouvoir en AUTRICHE du partie de Jorg HAIDER.

Nous avons salué cette bonne décision.

Nous ne voyons pas d'obstacle aujourd'hui à la reprise des relations avec la ville d'INNSBRUK.

Dès lors, que nous aurions l'assurance de l'absence de tout contact et de dialogue avec le partie extrémiste de Jorg HAIDER.

En revanche, Il faut dialoguer avec les Autrichiens et les aider à sortir des ténèbres.

Monsieur le Député Maire, à la fin de ce trop long discours, à la veille des fêtes de Noël pour les chrétiens, de L'Aid El Kebir pour les musulmans, de hanoukka pour les juifs, au même moment, tous les foyers à GRENOBLE, sans distinction, seront illuminés.

Dans notre tradition, le messie est toujours attendu.

Dans notre tradition, attendre le messie, c'est aller le chercher, c'est oeuvrer chaque jour pour qu'il puisse venir, c'est participer avec le tout puissant à faire que ce monde soit chaque jour un peu plus juste, un peu plus fraternel.

C'est ce regard que nous voulons apporter à la cité dans laquelle nous vivons.

C'est ce regard que nous avons croisé il y a quelques jours à Jérusalem chez Abraham BURG Président de la Knesset, au travers de sa foi et de son espoir en la paix de demain.

Reconstituer ce puzzle de six milliard de frères humains comme l'a si bien écrit Marek HALTER.

A notre place à Grenoble et dans l'Isère, nous pouvons participer à ce mouvement pour construire ensemble un ville plus généreuse, plus tolérante et plus belle.